Que vous dirai-je pour ne pas abuser de votre patience? Si je voulais être exact à loisir, je devrais vous répéter à peu près mot pour mot ce que je vous ai déjà conté du festin de l’année précédente.

On y vit venir le bouffon, à petits pas. Mais, cette fois, l’Empereur l’apostropha tout de suite.

—«Seigneur!» dit-il en plaisantant, «soyez le bienvenu. Seyez-vous à la meilleure place que vous voudrez choisir, cher Seigneur des bons tours que vous savez! Car il est juste que vous ayez part à notre fête.»

Robert s’assit aux pieds de l’Empereur.

La fille de l’Empereur se leva, s’inclina profondément devant lui, et se rassit à côté de son père, sans avoir l’air gêné le moins du monde.

Alors, pour détourner l’attention des assistants, l’Empereur, très honteux, fit semblant de s’intéresser aux traces de coups que le bouffon portait sur son visage.

—«Dieu!» dit-il, «comme on a maltraité mon fol aujourd’hui! On l’a blessé, on lui a déchiré tout le visage.»

Et il renouvela sa colère contre les lâches qui tourmentaient un malheureux sans défense.

Puis, il lui fit donner à manger, comme d’habitude.

Et le bouffon disputa le pain et la viande au limier son ami, avec force grimaces, afin de mettre en joie les invités de son maître.