Et les invités eurent une joie si bruyante que la fille de l’Empereur en rougit de chagrin.

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Tout se passa comme l’année précédente, vous dis-je, tout, jusqu’à la scène finale que vous devinez.

Après le festin, en effet, les nappes ôtées et les tables rangées, tandis que la cour entourait l’Empereur, on parla du Chevalier Blanc. Chacun rendait hommage à sa gloire incontestable.

Et l’Empereur dit:

—«Vous avez raison. Toute la victoire fut sienne. S’il daignait m’en demander le prix, je lui remettrais et de mes terres et de ma fortune tout ce qu’il en voudrait, s’il en voulait. Mais il me semble bien se soucier fort peu de récompense aucune. Qui nous révèlera pour quel motif et par quel hasard il nous secourt, depuis deux ans, chaque fois que nous sommes en danger, et ce sans se faire connaître et sans même nous adresser la moindre parole? Barons, je verserais à l’instant mille marcs d’or fin, et davantage s’il faut, pour le voir seulement une fois devant moi.»

Alors la fille de l’Empereur se leva, et désigna le bouffon à son père.

Et l’Empereur, ne se contenant plus, s’écria:

—«Qu’on l’emmène! qu’on l’emmène! Il n’y a pas à dire non: ma fille est folle, et plus folle que l’an dernier, et folle définitivement, puisqu’elle s’obstine dans cette idée fixe, malgré mes ordres, et malgré la peine qu’elle sait qu’elle me fait. Qu’on l’emmène vite!»

Et la journée s’acheva sur cette scène, comme l’année précédente, l’Empereur gardant son opinion et sa fille gardant la sienne, et le bouffon regagnant sa place dans le chenil, sous l’escalier de la chapelle, comme toujours.