CHAPITRE SEPTIÈME
LA CHASSE AU VAINQUEUR

DÉCONFITS sans avoir pu soutenir le combat qu’eux-mêmes ils avaient engagé contre les Romains, les Turcs pleuraient de rage, mais cette fois leur honte était plus grande que leur colère, quand ils rentrèrent chez eux. Ils n’acceptaient pas d’avoir été si outrageusement et si incompréhensiblement mis en déroute par un seul chevalier sans qui les Romains eussent été anéantis.

Leur retour lamentable en Roménie excita l’orgueil blessé de tous les pays païens. Il n’y eut partout qu’un cri:

—«Vengeance!»

De partout, les païens se levèrent, de partout, de la Babylone du désert et de l’autre Babylone, qui est le Caire; d’Arabie et de Syrie, où ils sont barbus et chevelus à l’excès; d’Alexandrie, d’Aumarie et de Russandre, et de Camoile. Le roi de Damas réunit à lui seul une armée considérable. De Rohais, de Coroscane, d’où encore? les Sarrasins se levèrent pour châtier Rome. Les Pichenars et les Commains ne furent pas les derniers à se lever. Bref, il y eut tant d’empressement dans tous les pays païens, que les Turcs purent mettre sur pied une armée plus grande que toutes celles qu’ils avaient mobilisées jusqu’alors. Et tous ces hommes, qui valaient autant par leurs vertus personnelles que par leur nombre, jurèrent solennellement de détruire Rome, de massacrer tous les Romains, et de faire si bien contre le terrible Chevalier Blanc, pourvu qu’il se présentât, que nul artifice et nul charme ne les empêcheraient de lui arracher l’âme du corps.

Il est certain que jamais, ni la première fois, ni la deuxième, les Turcs ne s’étaient préparés avec tant de minutie et d’acharnement. Il est certain que jamais Rome ne fut sous la menace d’une invasion plus puissante.