Cependant, ceux qui doutaient de l’origine surhumaine de leur sauveur, étaient en émoi. Ils regrettaient qu’on n’eût pas recherché le Chevalier Blanc avec assez de zèle, et ils craignaient que, fâché peut-être de leur indifférence, le Chevalier Blanc ne consentît plus à sauver les Romains.
C’est pourquoi l’Empereur dit, en séance du conseil où il avait mandé le Pape, les sénateurs, ses barons, et tous ses grands vassaux:
—«Seigneurs, Dieu nous a par deux fois envoyé gracieusement un chevalier pour nous défendre. Sans ce défenseur, je ne sais si nous serions venus à bout des Turcs, et j’ose à peine imaginer ce qu’aurait pu devenir Rome. Celui-là méritait les plus magnifiques récompenses. Nous ne lui avons rien donné. J’en suis pour ma part plus contrit que je ne saurais dire. Toutefois, si Dieu nous veut garder, et donc nous envoyer une troisième fois le Chevalier Blanc, je veux que nous nous acquittions de notre dette, et ce par tous les moyens. Je veux qu’après la bataille nous le retenions de force. S’il est ange du Seigneur, comme certains l’affirment, nous le saurons, et nous saurons à qui revient de droit notre gratitude. Si d’autre part il est simple mortel, je veux qu’il ne s’échappe point de la bataille, pourvu qu’il s’y montre. A cette fin, le jour de la bataille, j’embusquerai trente bons chevaliers, là-bas, dans les taillis du boqueteau le long duquel on vit s’enfuir, l’an dernier, le Chevalier Blanc après la victoire. On le prendra, on le tiendra, on me l’amènera, et je le récompenserai comme je dois, s’il plaît à Dieu de nous l’envoyer.»
Ainsi, des deux côtés, le Chevalier Blanc courait de grands risques, s’il reparaissait: les Turcs voulaient le tuer, et les Romains voulaient le connaître. Et, si Robert avait su dans quelle alternative ses amis et ses ennemis le plaçaient, il n’aurait peut-être pas redouté le plus ses ennemis.
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Par un mercredi, au petit jour, les Turcs marchèrent sur Rome, poussant en avant-garde les Commains et les Pichenars.
Tant bien que mal, l’Empereur avait pris les meilleures dispositions qu’il pût prendre pour parer à un désastre, ou du moins pour sauver l’honneur de la défense. Ses barons étaient prêts, ses brigades ordonnées, ses gens résolus. Mais surtout il attendait l’aide opportune du Chevalier Blanc.
—«Viendra-t-il?» se demandaient les Romains.
L’Empereur perdit un peu de temps à donner ses ordres aux trente chevaliers qu’il chargeait de s’emparer du Chevalier Blanc après la bataille. Il ne fut satisfait que lorsqu’il les vit s’enfoncer dans leur embuscade, sous les frondaisons du boqueteau d’où ils ne surgiraient qu’au moment que le Chevalier Blanc s’en retournerait vers la ville.
Ce point réglé, alors seulement l’Empereur mit ses troupes en marche. Les cors et les trompettes sonnèrent. Et le Pape, qui suivait son enseigne, bénit les Romains.