Accoudée à sa fenêtre, la fille de l’Empereur assistait au départ. Elle était plus anxieuse, elle aussi, que la dernière fois.

Cette fois, en effet, les Turcs étaient plus nombreux, plus entreprenants, plus hardis, et ils s’approchaient si rapidement, poussant à fond leurs chevaux, que la Damoiselle pouvait discerner leurs premiers cavaliers qui bousculaient déjà les éclaireurs romains.

Et elle aussi, la gracieuse Damoiselle que tous croyaient folle, elle se demandait si le Chevalier Blanc reparaîtrait pour la troisième fois, et pour la dernière fois sans doute sous le masque d’un inconnu, puisqu’après la bataille il serait appréhendé par ordre de l’Empereur, et dévoilé.

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Or, pour la troisième fois, le Chevalier Blanc parut sur le champ de bataille.

Il y parut au bon moment. Les Romains peinaient. Certes, ils n’étaient pas encore en retraite, comme ils l’étaient l’année précédente, quand le Chevalier Blanc était survenu. Mais ils ne tenaient plus que désespérément devant les masses turques. A vrai dire, ils se battaient autour de la bannière impériale, toute éblouissante d’or au soleil, objet de convoitise pour les uns, emblème sacré pour les autres. Et la situation des Romains n’était pas excellente, il s’en faut de beaucoup. Mais le Chevalier Blanc parut.

Romains et Turcs, qui l’attendaient pareillement, quoique sans espoirs semblables, l’aperçurent de loin, comme il passait le long du boqueteau d’où les trente chevaliers embusqués par l’Empereur se gardèrent bien de surgir, car ils ne devaient s’emparer du Chevalier Blanc qu’après la bataille.

Il accourait au galop.

Comme si le nombre exceptionnel des ennemis l’excitait davantage, il fonçait droit sur eux. Un loup affamé ne se rue pas sur une proie avec plus de furie.

—«Voici le Chevalier Blanc!» s’écrièrent les Romains.