—«Voilà le Chevalier Blanc!» s’écrièrent les Turcs.

Il ne fallut que ces deux cris pour que la bataille se décidât.

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Les incrédules souriront. Ils objecteront que j’exagère, qu’un seul chevalier ne peut pas jeter en déroute toute une armée si puissante que celle que j’ai décrite, et ils refuseront de m’écouter. Mais, à ceux-là, je répondrai que, même s’ils ne croient pas aux miracles, ils doivent croire aux revirements merveilleux qui se produisent sur tous les champs de bataille.

Tous les soldats vous diront qu’une troupe qui veut vaincre vainc, qu’une troupe sans chef est perdue immédiatement, qu’un chef fait de sa troupe ce qu’il veut, et que souvent telle troupe qui se croyait vaincue s’est tout à coup trouvée victorieuse.

Ainsi, les Turcs avaient le dessus; en moins de rien, ils eurent le dessous. Ils étaient plus nombreux que les Romains; ils furent repoussés par les Romains. Acceptez enfin la chose comme elle fut: pour la troisième fois, si extraordinaire que cela vous semble, les Turcs furent vaincus, refoulés, poursuivis, mis en déroute. Aussi bien, les chroniqueurs le disent. Et nous n’avons pas à discuter.

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Donc, qu’on y consente, l’arrivée du Chevalier Blanc changea la face du combat.

Furieusement, il attaqua les Turcs. La lance basse, il pénétra dans leurs rangs. Piquant, brochant, éperonnant, il frappa, poussa, renversa, abattit, tua. En peu de temps, il eut son gonfanon tout ensanglanté.

Vous souvient-il que, l’année précédente, le Chevalier avait pu, dès les premiers instants, se trouver en face du Grand Émir et le transpercer de sa lance? Cette fois, il se trouva bientôt en face du Roi de Moriagne, Sarrasin fastueux, qui chevauchait en tête de sa division. Irrésistible, le Chevalier Blanc lui planta sa lance en pleine poitrine. Le Roi renversé glissa de cheval, brisant dans sa chute le bois de la lance que le Chevalier Blanc ne lui retira pas assez vite. Mais le Chevalier Blanc ne se troubla point pour si peu. Prompt, il prit son épée, bondit au milieu des gens du Roi de Moriagne, et, faisant de grands moulinets, il les dispersa comme autant de mouches.