Cependant, plus actifs que l’année précédente, les Turcs ne cédèrent pas tout de suite. Devant le Chevalier Blanc, ils s’écartaient, et lui s’enfonçait de plus en plus au milieu de leurs rangs qu’il s’ouvrait à coups d’épée. Mais, derrière lui, ils essayaient de se reprendre, et de se reformer, et de l’attaquer dans le dos. Essais inutiles, qu’ils payèrent cher. Le Chevalier Blanc brusquement faisait volte-face, et se débarrassait des sournois cavaliers. Et d’ailleurs, les Romains s’empressaient à l’envi de courir sur ses traces. Et, peu à peu, le désordre augmentant, les Turcs reculèrent.

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Je ne vous conterai pas tous les détails de la lutte. Ils vous rebuteraient peut-être, et vous n’y trouveriez pas le plaisir que ceux-là seuls y trouveraient qui auraient été soldats un jour dans quelque guerre. Je ne vous dirai donc que ce qu’il y eut de singulier dans la troisième déroute que les Romains, conduits et stimulés par le Chevalier Blanc, infligèrent aux Turcs.

Et d’abord, le Chevalier Blanc eut soudain l’heureuse fortune d’apercevoir à peu de distance l’étendard des Sarrasins. L’apercevoir, piquer vers lui, l’attaquer et l’abattre, ce fut l’affaire d’un instant. Ce fut aussi le signal de la panique chez les Turcs, de la panique et de la fuite à toute bride vers la mer.

Malheureusement pour eux, les Turcs s’étaient avancés vers Rome avec trop d’ardeur. Dans leur hâte de surprendre et de prendre la ville, ils n’avaient pas assez ménagé leurs chevaux. Trop vite, ils étaient allés trop loin. Or, de la mer à la ville, il y avait huit lieues. En outre, le soleil donnait de tout son éclat sur le champ de bataille, et la chaleur était intolérable. De sorte que, voulant fuir, gagner la mer, et refaire à trop vive allure tout le chemin qu’ils venaient de faire d’un train excessif, les Turcs furent trahis par leurs montures. Leurs chevaux épuisés s’abattirent, les laissant à la merci des Romains, qui massacrèrent sans pitié les Turcs démontés.

Ce n’est pas tout. Acculés enfin au rivage, ils n’y trouvèrent pas l’espoir de salut qu’ils y avaient trouvé les deux autres fois. Pendant la bataille, en effet, le vent s’était levé, et une horrible tempête secouait la mer. Quand les Turcs voulurent essayer de gagner les vaisseaux à la nage, ils furent ou bien engloutis ou bien rejetés à la grève.

Ce fut une fin de combat lamentable. Ceux que les vagues rejetaient, étaient reçus à coups d’épée et de lance par les Romains. Le carnage y fut monstrueux. Les Turcs tombaient les uns sur les autres. Partout, au bord de l’eau, on ne voyait que des tas de cadavres. Et les Sarrasins maudits avaient le choix ou de mourir noyés sans recours dans l’onde furieuse, ou de succomber à la colère des Romains sur le rivage.

Disons-le pour achever: pas un Turc ne survécut. De toute cette troisième armée, la plus puissante qu’ils eussent dressée contre Rome, et qui subit la plus sombre défaite, il ne resta rien. Et cette troisième victoire de Rome, qui était celle que les Romains avaient le moins espérée, fut la plus complète et la plus grandiose.

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Et le Chevalier Blanc?