Au milieu du désordre qui régnait quand les Romains se ruèrent au butin, il s’y prit si adroitement qu’il se retira du champ de bataille sans être arrêté ni remarqué par personne.

Il se dirigeait vers la ville, et déjà il s’approchait du boqueteau où l’attendaient en embuscade les trente chevaliers choisis par l’Empereur.

Depuis longtemps ils l’observaient. Ils l’attendaient sans bouger. Telle était en effet leur consigne: laisser le Chevalier arriver à leur hauteur; puis, à ce moment, surgir tous ensemble du bois, le cerner, saisir son cheval par la bride pour l’empêcher de fuir, ou, au besoin, tuer son cheval, dernière ressource.

Or le Chevalier Blanc ne soupçonnait rien. Il s’en retournait vers Rome au petit galop.

Soudain, quand il fut à hauteur des trente chevaliers, voilà les trente chevaliers qui surgissent des fourrés du boqueteau, et, piquant à l’envi sur le Chevalier Blanc, lui crient à toute bouche:

—«Vassal, vous êtes nôtre. Par ordre de l’Empereur, vous serez à l’honneur aujourd’hui.»

De surprise, il s’arrête, regarde les chevaliers qui accourent, comprend d’un trait la menace, s’attriste à la crainte d’un combat possible à soutenir contre les envoyés de l’Empereur, car il avait le droit de se battre contre les Turcs, mais il n’a pas le droit de porter le moindre coup contre tout autre. Il s’attriste en même temps à la crainte d’être pris et reconnu et fêté et récompensé, et de ne plus pouvoir faire comme il doit sa pénitence. S’il est pris, que deviendra-t-il? C’est son salut qui est en péril.

D’un trait, en moins de rien, il mesure tout le danger. Et brusquement, brochant et frappant son cheval, il se lance au grand galop vers la ville, fuyant à bride abattue, lui, le chevalier terrible devant qui tous les Turcs s’enfuyaient. Et il prie Dieu de lui venir en aide.

*
* *

Derrière lui, un nuage de poussière monte. Les trente cavaliers sont à ses trousses. Une poursuite endiablée commence.