Tantôt les cavaliers gagnent du terrain et baissent la lance vers le cheval du Chevalier Blanc, et tantôt le Chevalier Blanc, forçant sa bête, leur échappe.

La poursuite est dure. Les chevaux soufflent, suent, s’épuisent.

Le Chevalier Blanc fuit toujours.

Un étang les arrête, qu’il faut contourner. Les chevaux n’en peuvent plus. Les chevaliers sont obligés d’abandonner.

Un seul d’entre eux s’obstine, et pique sur le Chevalier Blanc.

Il pique et broche et frappe tant et si fort, qu’il finit par rejoindre le Chevalier Blanc. Il baisse déjà la lance, il pique encore, vise le cheval du Chevalier Blanc entre les sangles pour l’abattre net, pique encore, pousse sa lance à fond, et avec un grand cri de joie s’arrête, son cheval exténué.

Mais le Chevalier Blanc s’échappe.

L’autre a ramené sa lance tordue et sanglante, ou plutôt il n’en ramène que le bois. Le fer en est resté, non point dans le ventre du cheval, mais dans la cuisse du Chevalier Blanc. Et le Chevalier Blanc, qui n’a pas crié sous le coup, s’enfuit à bride abattue, en serrant tant qu’il peut sa plaie, pour que le sang n’en tombe pas à terre et ne trahisse pas le chemin de sa retraite.

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Blessé, mais toujours droit en selle, le Chevalier Blanc rentre par la brèche au jardin, descend, rend armes et cheval, et, se croyant seul près de la fontaine, se met à songer.