Comme les autres fois, il a le visage meurtri, et il est moulu des coups que les Turcs ne lui ont pas ménagés. Mais c’est de sa blessure à la cuisse qu’il souffre surtout; et, ce qui l’inquiète davantage, c’est la crainte de ne pas pouvoir dissimuler sa blessure, où le fer de la lance est demeuré planté.
Douloureusement, il se traîne jusqu’à la source et lave d’abord le sang qui souille sa plaie. Mais la plaie ouverte saigne.
Robert comprend qu’il en doit retirer le fer cruel, faute de quoi jamais la plaie ne se fermera.
Douloureusement, mais courageusement, il s’exécute. Tant bien que mal, il arrive à retirer le fer profond.
Cependant, il a besoin d’un emplâtre pour sa blessure. Et où le chercher? Ingénieux, il dépouille de sa mousse un arbre sec, puis sonde le trou de sa plaie, y enfonce un tampon de mousse, non sans pâlir plus d’une fois; puis il se lève, ramasse le fer de la lance, et, pour que nul ne le retrouve, le cache sous terre, dans une des conduites de la fontaine.
Après quoi, la jambe lourde et le visage décoloré, il quitte le jardin lentement, péniblement, et se dirige vers son lit de paille, dans le chenil, sous l’escalier de la chapelle.
Dieu! comme elle pleure, à sa fenêtre, la charmante fille de l’Empereur, qui a tout vu, la bataille et l’embuscade, la poursuite et la blessure, et la plaie affreuse du bienfaiteur méconnu!
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Sur le rivage, au milieu du champ de bataille conquis, l’Empereur se réjouissait sans arrière-pensée de sa victoire.
Tandis que, suivant ses instructions, on partageait entre les vainqueurs le butin rassemblé, il manda près de lui le Pape, les barons, ses plus nobles vassaux, tant pour les inviter à célébrer avec lui cette belle journée, que pour recevoir en leur présence le Chevalier Blanc qu’il se flattait de voir bientôt.