On disait:

—«Il s’en va donc, blessé par nous, qu’il a sauvés! Son bienfait tourne à sa perte, et nous le récompensons d’une offense! Dieu devrait bien tous vous confondre, et la terre se dérober sous vos pas, quand vous avez tué celui qui vous arracha de la mort! Non content de vous sauver, il vous enrichit de tout ce butin turc dont votre ville à présent est pleine; et vous, vous lui donnez une blessure mortelle!»

Et la fête qu’on préparait n’eut pas l’éclat que les Romains auraient pu y mettre, si ce beau jour de victoire avait été sans nuage.

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Au palais impérial, la fête n’eut pas davantage l’ampleur accoutumée. Il y avait une gêne dont nul ne parlait, mais dont tous éprouvaient en secret l’acuité.

Ce fut une fête grave, où l’on sentait que manquait un élément indispensable, la sécurité des âmes tranquilles, la paix des consciences sans tache.

Robert, lui, aurait bien voulu pouvoir se dispenser d’y assister. Sa blessure le tourmentait. Mais quelle excuse eût-il invoquée, puisqu’on le croyait muet, et qu’il ne se souciait pas d’éveiller sur lui l’attention?

Il essaya de se lever, de marcher sans boiter. Il blêmit. Il était faible. Il boitait. Plus exactement, il ne pouvait poser à terre le pied de sa jambe malade. Comment se traînerait-il jusqu’à la salle du festin?

Il s’y rendit à cloche-pied, avec force grimaces, qu’on prit pour grimaces ridicules, et qui n’étaient que grimaces involontaires et douloureuses.

On remarqua bien pourtant qu’il n’entrait pas aussi délibérément que les autres fois.