—«Débarrassez-m’en», leur dit-il, «car je n’ai personne à combattre, n’est-il pas vrai?»
Les barons obéirent, et la tête du Chevalier Blanc sortit du heaume, presque entièrement encapuchonnée d’une coiffe plus éblouissante que neige sur branche.
Alors, tourné vers la tribune, et d’une voix forte, qui sonnait clair, il prononça:
—«Juste Empereur, longtemps je me suis tenu loin de votre cour; longtemps, pour quoi que ce fût, je me suis gardé d’y paraître. Or, je suis celui qui vous a servi comme vous savez, et qui a selon vous mérité votre fille. Je vous la viens demander. Je ne puis malheureusement pas m’attarder ici. Faites donc vite conduire à l’église celle que j’ai conquise avec mes armes; je l’épouserai tout aussitôt.»
L’Empereur répondit:
—«Vous l’aurez. Mais auparavant nous voulons voir l’endroit où vous êtes blessé, la plaie, et le fer de la lance qui vous navra. Ce sera la preuve de ce que vous affirmez. Car, qui que vous soyez, et Breton ou Français, vous n’aurez pas ma fille avant de nous avoir montré publiquement les preuves que nous demandons.»
—«Sire», dit le Chevalier, «je ne demande non plus autre chose. Et si je ne puis vous montrer ces preuves, que je meure à l’instant!»
A l’instant, il se fait tenir pour ne pas tomber, met à nu sa cuisse, y découvre une plaie, l’ouvre des deux mains, non sans que son visage blêmisse, et, difficilement, il extrait de la blessure un fer de lance qu’il tend à l’Empereur. Mais aussitôt il blêmit davantage et s’appuie sur les barons qui le soutiennent, comme s’il allait mourir.
Ce spectacle poignant trouble les barons. La blessure du Chevalier est noire et hideuse. Des murmures s’élèvent dans l’assemblée.
—«Il ne faut pas douter de celui-ci», dit-on. «Celui-ci, qui fut à la peine, doit être à l’honneur.»