C’est la pensée même de l’Empereur, qui ne doute pas. Voilà donc l’extraordinaire chevalier qui fit tant de mal aux Sarrasins! Et l’Empereur se réjouit de le voir, debout, en chair et en os, devant lui, comme il souhaitait.
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Cependant, avant de rien conclure, l’Empereur appelle le chevalier qui blessa le Chevalier Blanc. L’autre s’approche. L’Empereur lui met dans la main le fer de lance qu’il vient de recevoir. C’est un fer bien taillé et fort tranchant.
—«Ami», dit l’Empereur, «regardez ce fer. Puis,—et prenez garde! ne mentez pas surtout, car vous jouez ici votre vie!—dites-nous si c’est le fer de votre lance, si c’est le fer de la lance que vous aviez quand vous blessâtes le Chevalier Blanc à la cuisse.»
Or, voici qui est grave: le chevalier a dans la main le fer de lance, et il hésite. Il hésite et ne répond rien.
Le Chevalier Blanc trouve que la réponse tarde trop.
—«Allons!» dit-il. «Vous l’avez vu et bien vu. Dites tôt si c’est le vôtre. Et soyez sans inquiétude: je vous déclare ici publiquement que je vous pardonne le mal que vous m’avez fait.»
Le chevalier s’incline, ému.
Il dit enfin:
—«Sire, ne doutez pas. De celui-ci, il ne faut pas douter. Celui-ci a sauvé votre peuple et défendu vos terres. Celui-ci vous a rendu votre empire. C’est bien mon fer qu’il vient d’extraire de sa cuisse; c’est bien le fer dont je le blessai. Sire, ce chevalier a droit à votre récompense.»