L’Empereur est stupéfait. Tous les barons se sont dressés. Un long brouhaha roule à travers la foule.
—«La fille de l’Empereur a parlé! La fille de l’Empereur a parlé!»
—«Miracle! Miracle!»
Mais la princesse dit à l’Empereur:
—«Mon cher doux père, si je fus muette jusqu’à ce jour, jusqu’à cette heure où vous vouliez que je prisse le Sénéchal, et si je ne le suis plus tout à coup, c’est que Dieu ne veut pas ce que vous vouliez. Le Sénéchal n’a pas reçu sa blessure en revenant de la bataille. Quoi qu’il vous conte, c’est tout mensonge. Je le prouverai. Celui qui a vaincu les Turcs et qui a payé son dévouement d’une blessure griève, je le connais, il n’est pas loin d’ici. En sa faveur, Dieu fit ce miracle de me donner la parole, pour témoigner contre le Sénéchal et sa fourbe.»
Elle a parlé, l’admirable jeune fille, avec une assurance et une foi persuasives. Mais quoi qu’elle eût dit, son père était trop heureux du miracle pour ne pas la croire immédiatement.
A la vérité, jamais vous ne vîtes homme plus heureux que le bon Empereur. Sans s’occuper du Sénéchal, il prend sa fille dans ses bras et la baise plus de cent fois. Pour l’instant, il n’a pas d’autre souci.
Autour d’eux, la joie est générale; elle monte en clameurs d’allégresse vers la tribune. Barons, ducs, comtes, princes, abbés, moines, archevêques, clercs et laïcs, hommes et femmes, grands et petits, seigneurs et vilains, se pressent à qui mieux mieux vers la tribune.
Chacun veut voir le miracle, et regarder de près la Damoiselle et l’entendre parler.
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