Cependant, l’Empereur, tenant toujours sa fille embrassée, se remettait peu à peu de son ravissement.
—«Ma fille», dit-il enfin, «je suis bien aise de vous entendre parler. Mais il faut que nous retrouvions le vrai Chevalier Blanc, puisque le Sénéchal nous a trompés si laidement. Par vous, le faux chevalier fut démasqué. Le vrai doit être couronné par vous.»
—«Mon père», dit la princesse, «je vous le ferai tôt couronner. Il est à Rome depuis dix ans. Vous ne savez pas son nom, et vous ne savez rien de lui, parce que vous n’avez jamais rien voulu savoir de lui. Mais à cette heure tout doit se dévoiler. Dieu le veut. Dieu veut par moi lui donner cet honneur, et il veut me donner cette gloire. Sachez donc de toute certitude, mon père, et n’en doutez plus, que le sauveur de Rome gît sous l’escalier de la chapelle. C’est celui que vous appelez le fol, qui mange avec le chien. Sachez qu’il n’est pas fou du tout, qu’il est plein de bon sens, et qu’il est chevalier parfait. Vous l’avez vu sur le champ de bataille. Moi, je vous dis qu’il est plus qu’il ne paraît, je vous dis qu’il est de haute naissance, et qu’il se cache à la cour, jouant le bouffon pour un motif que j’ignore. Vous m’avez déjà par trois fois outragée et honnie, mon père, parce que je vous annonçais par mes signes de muette que votre bouffon était digne des plus grands honneurs. Vous n’avez jamais voulu me croire. Qui plus est, vous m’appeliez folle aussi, et vous me chassiez de votre table, devant tous vos barons, à ma honte. Mon père, Dieu veut maintenant témoigner que je n’étais pas folle, et que j’avais raison contre tous, quand j’honorais le malheureux qui gît blessé sous l’escalier de la chapelle.»
Et, brusquement, changeant de ton, elle cria:
—«Où est donc le Sénéchal? Je ne l’entends pas. Est-il devenu muet?»
Mais le Sénéchal n’avait pas attendu qu’on l’appelât. Des gens avouèrent qu’il s’était échappé, sans se faire aider par personne.
—«Le faux larron!» s’écrièrent les comtes.
—«Pourquoi l’a-t-on laissé fuir?» demanda l’Empereur.
On avait déjà la preuve ainsi que la Damoiselle disait la vérité. Mais quelle stupeur dans la foule, quand on apprit que la Damoiselle pût dire aussi certainement la vérité, en désignant le bouffon à l’admiration et à la reconnaissance de tous!
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