La première surprise apaisée, la fille de l’Empereur demanda qu’on fit silence.

—«Seigneurs», dit-elle, «ce n’est pas tout. J’ai annoncé que je prouverais ce que je prétends. Je le prouverai. Mais, d’abord, laissez-moi dénoncer devant vous le chevalier qui reconnut pour sien le fer de lance que le Sénéchal vous montra. Celui-là vous a menti par la bouche. Et moi, je vais aller vous chercher le véritable fer, car je sais où le Chevalier Blanc le cacha. Il suffit. Sans plus tarder, je vais et vous le rapporte.»

Et la voilà qui s’en va, légère, prompte, vive, charmante. Elle s’est débarrassée de son manteau. En taille, simplement, elle fend la foule. Elle court au jardin, s’agenouille sur l’herbe près de la fontaine, trouve le fer, s’en empare, revient à la tribune, vive, prompte, charmante, et tend le fer à l’Empereur avec un sourire de triomphe.

L’Empereur appelle de nouveau le chevalier qui a menti. Le chevalier s’approche, reçoit en tremblant le fer que la Damoiselle a rapporté, le regarde à peine et se jette aussitôt aux pieds de l’Empereur.

—«Sire», dit-il, «ce fer vient de Pavie. Je l’avais acheté et fait tailler selon mon désir. Il n’y en a pas de meilleur jusqu’à Césarée. Je l’ai gardé pendant plus de sept ans, et c’est avec lui que j’ai frappé l’homme dont nous déplorons tous la blessure.»

—«Mais, chevalier,» objecte l’Empereur, «pourquoi nous avez-vous menti tout à l’heure, si vous dites maintenant la vérité?»

—«Sire», répond le chevalier penaud, «je vous l’avouerai sans détour. Quand le Sénéchal était devant vous, je crus comprendre qu’il avait déjà conquis votre cœur, et je voyais bien que toute l’assemblée voulait lui rendre hommage. Je réfléchis que, malgré mon désaveu, le mariage ne serait pas différé, et que je m’attirerais la haine de tous si je disais que son fer n’était pas le mien. Voilà, Sire, pourquoi je vous ai menti. Et je vous prie de me pardonner, vous assurant que jamais à l’avenir je ne mériterai de vous aucun reproche.»

Et, comme la princesse gentiment prie aussi son père de pardonner, l’Empereur acquitte le chevalier pour l’amour de sa fille, et parce qu’il a hâte de voir le vrai sauveur de Rome.

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Restait la suprême épreuve.