L’Empereur choisit dix de ses meilleurs barons.

—«Barons», leur commanda-t-il, «allez de ce pas à la chapelle. Sous les degrés, vous trouverez le Chevalier Blanc. Amenez-le nous. Nous verrons ce qu’il nous dira.»

Les barons s’inclinèrent.

Sous la voûte, ils trouvèrent le bouffon, couché sur la paille, gémissant, le visage décoloré.

—«Levez-vous, Seigneur,» dirent-ils.

Robert ne protesta point. Non sans peine il essaya de se soulever. Il était maigre, hâve, pitoyable. Il se traîna hors de la voûte. Là, les barons émus le prirent sous les aisselles pour le mettre debout. Une plainte sourde lui échappa: il souffrait tellement de sa blessure qu’il ne put retenir cette plainte, lui, le chevalier si terrible. Mais les barons l’emportèrent avec d’infinies précautions. Il se laissait faire, ne sachant ce qu’on lui voulait.

Quand il arriva devant l’Empereur, toute l’assistance se dressa, respectueusement. Et, avant tout le monde, la Damoiselle s’était dressée, pour saluer le malheureux héros.

Alors il s’effraya: on l’installait sur un fauteuil d’or massif. Il soupçonna qu’il était découvert. Au reste, il ne pouvait plus avoir de doute. De quelque côté qu’il tournât ses regards, il ne voyait que des yeux pleins de larmes et des visages angoissés.

Et alors l’Empereur lui dit:

—«Mon frère, mon ami, qui êtes-vous? Et quel est votre nom? Ne me le cachez pas. Nous vous connaissons bien maintenant, et nous savons tout de vous, sauf votre nom et votre origine. Je vous prie de par Dieu de ne plus en faire mystère. Et contez-nous votre histoire.»