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Or, écoutez bien.

A l’assemblée ouverte par l’Empereur pour couronner le sauveur de Rome, il y avait entre autres quatre seigneurs, assez vieux, qui semblaient étrangers. C’étaient quatre seigneurs normands qui, depuis longtemps déjà, cherchaient en tous lieux Robert, fils de leur duc.

Sitôt qu’ils eurent entendu Robert se nommer, ils écartèrent la foule, se glissèrent jusqu’au premier rang, et tombèrent à genoux devant Robert retrouvé.

—«Pitié, Seigneur!» s’écrièrent-ils.

Et le plus âgé lui dit:

—«Seigneur, tous vos gens vous crient: Pitié! Vos gens sont attaqués de toutes parts, et perdus si vous ne les secourez. Ne tardez pas davantage, par pitié, ni pour ami ni pour amie. Courez à leur aide. Il y a de vos parents qui ravagent vos terres et harcèlent vos gens. Car, si vous l’ignoriez, le duc votre père est mort; la duchesse votre mère est morte aussi; et mort aussi le comte votre aïeul, qui aimait tant les siens. Tout le fief vous est dévolu. Nul n’y a droit, hors vous. Cependant, vos parents vous en veulent frustrer, et déjà ils s’emparent de tout ce qu’ils peuvent prendre de force. Ne vous laissez pas dépouiller, Seigneur. Vous n’avez déjà que trop attendu.»

Et les quatre barons normands pleurent aux pieds de Robert.

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Qui fut surpris de ces dernières nouvelles? Il faut bien le dire: ce fut l’Empereur. Quoi! Le bouffon muet n’était pas muet, le fou n’était pas fou, et le misérable qui disputait sa nourriture aux chiens était le fils du duc de Normandie et l’héritier d’un beau duché? Cela suffisait à déconcerter quiconque, et le bon Empereur aussi.