Je devais m’asseoir, en effet, à côté de mon amie.

—Dieux! fit-elle, que ces artistes sont donc exigeants!

Et comme je m’asseyais, je sentis que son pied cherchait le mien et se posait dessus.

Je me penchai sur mon assiette. Était-ce vergogne? Je n’ai peut-être pas beaucoup de goût pour ce genre de fourberies vénielles. Mais je pensais: elle est gentille, elle te caresse, elle te dit vous, elle dit tu à son mari, elle doit être très gênée.

Nul embarras néanmoins ne la dénonçait. Enjouée, elle tenait tête aux attaques de son beau-frère, ou bien elle taquinait son mari, qui se défendait sans aigreur ni obséquiosité. Et pendant ce temps, elle faisait glisser sa jambe le long de la mienne.

A mesure que le repas tirait à sa fin, elle devenait plus entreprenante, plus gaie aussi, et je devais comprendre que sa gaieté trompait sa tendresse opprimée.

—Je tombe de fatigue, dit-elle en se levant. J’envie les enfants qui dorment déjà.

—Tu n’es pas raisonnable, lui dit son mari. Qu’avais-tu besoin de tant te démener dès le premier jour?

—Voulez-vous que je vous porte au lit, petite fille? lui demanda son beau-frère.

—J’irai bien toute seule, répliqua-t-elle.