Je posais l’enveloppe cachetée sur la cheminée, dans une coupe de grès.

—Je ne l’ouvre pas, et je ne l’ouvrirai pas, dis-je. Puisque mon amie n’avait pas jugé bon de me l’envoyer, je me reprocherais de forcer son vœu. Je la garderai précieusement en effet, comme un souvenir, mais telle que vous l’avez trouvée.

—Savez-vous que c’est d’un joli sentiment, cela?

—Votre frère en rirait.

—Mon frère ne rit plus. La maison est trop vide à présent. Toutes les pièces nous en semblent trop grandes. La chambre des enfants...

Il fit un effort. Des larmes lui venaient.

—La chambre des enfants, je ne peux pas y entrer sans pleurer, comme je fais ici, vous voyez? Ces deux petits lits, de chaque côté de la fenêtre, qui semblent toujours attendre, c’est une chose qui vous arrache le cœur. Oui, vous n’avez pas d’enfant, vous ne savez pas comme on peut aimer ces êtres fragiles nés de vous et de la femme qu’on aime. On en est fier. Ils étaient si beaux, mes petits garçons! Et déjà tendres, affectueux, les vrais fils de leur maman.

Il pleurait, les épaules hautes, penché en avant, le mouchoir sur les yeux.

J’allumai une cigarette.

Il poursuivit: