Il m’avait donné le spectacle de son amour triomphant. Avec quelle insultante assurance, je l’ai dit. Pendant six mois, je ne le revis pas. Il m’avait promis de revenir, il n’était pas revenu. Je ne m’en plaignais pas, on me croira sans peine, et je ne serais pas allé vers lui. Je pensais que je ne le reverrais plus, ou que, si je le rencontrais, je le trouverais consolé. Je pensais qu’il l’était peut-être déjà, et qu’il n’osait pas reparaître devant moi après m’avoir en quelque sorte pris à témoin de l’ardeur durable de sa détresse.

Il reparut.

Mais il n’était pas consolé. Au contraire. Si la mort soudaine de sa femme l’avait transformé dès la première heure en lui ôtant de cette impassibilité dont il se cuirassait auparavant, il semblait, six mois plus tard, moins impassible que jamais.

Il parlait d’une voix saccadée. A tout propos il faisait des gestes. Il ne se surveillait plus aucunement. J’avais en face de moi un homme nouveau, que je devinais inquiet, agité, désemparé. Et son assurance de naguère avait fondu.

—Vous ne savez pas ce qui m’arrive? me dit-il après les phrases d’excuse obligatoires.

Je le regardai.

—Je suis jaloux.

—Jaloux?

—Oui. Jaloux de ma femme. Jaloux d’une morte.

Il avait tant de tristesse dans la voix que je me retins mal de frémir, pressentant le drame.