—Je serai à vous quand vous voudrez.
Elle m’avait jeté sa promesse au visage comme une provocation et comme un encouragement dont elle avait besoin plus que moi sans doute, puisqu’elle avait fui sur ces paroles téméraires. Je compris que tant d’audace avait dû lui être pénible. Et je compris qu’elle mettait dans sa promesse quelque chose de désespéré. Avait-elle deviné que, si elle n’osait pas faire cette démarche hardie, j’allais disparaître de nouveau, et qui sait avec quelles résolutions? En le supposant, je me dépouillai des craintes qui avaient suivi ma surprise, je fus peu à peu envahi d’attendrissement et de gratitude.
—Femme adorable, murmurai-je pour moi seul.
Mais je regardai tout aussitôt autour de moi. Avais-je déjà compromis mon secret, mon beau secret qui ne m’appartenait pas? C’était notre secret. Je regardais avec satisfaction les gens que je rencontrais. Ils ne savaient pas qu’ils rencontraient un homme heureux. J’avais pour les passants, pour le reste du monde, une indulgente pitié: je disais bien que ma jeunesse me venait enfin.
—Quand vous voudrez!
Je ne voulais plus rien, plus rien que ce qu’elle voudrait. Elle promettait d’être à moi; j’étais à elle depuis longtemps.
Rentré chez moi, je m’enfermai dans ma chambre, non sans faire observer au portier que je ne sortirais pas. Avouerai-je que, déjà fat, j’espérais recevoir quelque lettre, comme la veille, ou mieux même? Et puis, ce qui est moins ambitieux, j’avais envie de solitude, ou plutôt d’isolement. Une chambre d’hôtel, où pas un meuble, pas un objet, pas un souvenir ne nous attache, est un endroit propice à la méditation. Ailleurs, l’esprit se laisse distraire avec trop de complaisance. Dans ma chambre, nue et froide, car elle s’ouvrait à l’est, je ne pouvais considérer mon aventure qu’avec plus de lucidité.
Mais comment saisir au vol tant de pensées contradictoires, souvent si frêles qu’elles meurent à l’instant qu’on les sent naître, comment saisir tant de fantômes d’espoirs, de projets, d’objections, de souvenirs, et de scrupules, qui traversent l’esprit d’un amoureux? Je n’en garderais qu’une poussière aux doigts, comme les enfants quand ils ont pris un merveilleux papillon.
Aussi bien, à mesure que le jour s’écoulait, je me défendais plus mal contre l’inquiétude. Étais-je déjà si exigeant? Parce que je ne recevais pas la lettre que j’espérais, devais-je retomber dans les seules appréhensions qui semblèrent toujours l’aliment préféré de mes rêveries? Hélas, j’ai toujours eu plus de penchant pour la tristesse que pour la gaieté, et j’ai tiré moins de bénéfices et moins de plaisir, si le mot n’exagère pas, de mes bons moments que des mauvais. Maintes fois j’ai gâté par ma faute des joies qui méritaient d’être franchement savourées. Qu’est-ce donc qui m’obligeait, cette fois encore, sinon ma sotte manie, de pousser au noir mes pensées?
—Je serai à vous quand vous voudrez.