Elle répliqua:

—Je ne suis pas coquette. Je vois la situation telle qu’elle est. Pauvre ami! vous ne pouvez pas soupçonner comme je souffre de ne vous avoir pas été fidèle; non, vous ne pouvez pas, ni comme je souffre de n’avoir plus à vous offrir qu’un amour secret. Ah! que ce doit être une chose magnifique de se donner toute neuve et sans se cacher à celui qu’on a choisi! Et vous voulez que je n’aie pas peur?

—Mon amie...

—Mon pauvre ami, vous connaissant comme je vous connais, je suis sûre que vous me gardiez à la plus haute place dans votre souvenir?

—Je vous y garde toujours.

—Vous le dites, parce que vous êtes bon. Mais si! vous êtes bon, vous m’avez tout raconté. Que ne puis-je regagner ma belle place! Je vous engagerais, les yeux fermés, ma vie entière, corps et âme. Au lieu de cela, qu’ai-je à vous engager? Les loisirs d’une femme qui n’est pas libre, et les complications d’un amour clandestin. Comment ne reculeriez-vous pas? ou bien alors...

Elle hésitait.

—Ou bien alors, si vous ne désirez que tirer vengeance de moi et constater jusqu’à quel point je peux mériter votre mépris, s’il vous plaît de m’humilier sous votre triomphe, faites! je suis à vous. Je pars demain, et vous aurez ensuite tout le temps de me mépriser, puis de m’oublier.

Dans l’ombre, où elle parlait à voix basse, je voyais briller ses yeux. Elle me tendit les mains comme pour s’abandonner à moi. Je les pris entre les miennes, et commençai:

—Mon amie, j’étais venu vous soumettre un projet. Daignerez-vous m’écouter?