—Une semaine! Vous m’aurez oubliée.

Elle revenait malgré elle à son inquiétude. N’a-t-on pas assez souvent affirmé qu’un amant satisfait est plus difficile à garder?

Mais je n’étais point satisfait. Et j’usai de toutes les ressources du langage le moins direct pour lui témoigner ma reconnaissance, en regrettant qu’une précipitation aussi inconsidérée m’eût empêché de lui rendre ou même de lui offrir plus que je n’avais reçu. Cette maladresse augmentait en effet ma confusion. J’avais honte de moi, comme si je m’étais jeté sur mon plaisir de mâle pareil à tous les mâles sans m’occuper d’aucun retour. Moi qui m’étais intérieurement promis de donner et de me donner, j’avais fait preuve du plus vil égoïsme. J’en rougissais, je le sentais, j’en devenais confus davantage, et les phrases de tendresse, de gratitude et de remords que j’élaborais, se développaient avec peine.

—Alors, tu m’aimes?

On ne répond à de telles questions, quand on aime, que par des mots qui n’ont de prix que pour celui qui les prononce et celui qui les écoute.

Elle ajouta, plus grave:

—Il faut m’aimer.

Pourquoi me rappelai-je d’un trait que, la veille, au moment où je m’enfuyais de sa chambre, elle m’avait dit la première en me tutoyant: «Je t’aime», et qu’ensuite elle m’avait demandé: «Et toi?»

Je lui répondis, comme en écho:

—Je t’aime.