L’incident eut lieu le huitième jour, soudain. J’appris, par des reporteurs qui venaient m’interroger, qu’un inconnu s’était jeté comme un furieux sur le moulage de mon Souvenir et l’avait détruit à coups de marteau.
—Un inconnu? demandai-je.
—La police ne donne que les initiales de son nom.
Et on me les répéta.
—Ce détail vous éclaire-t-il?
—Non, répondis-je.
—C’est un fou, proposa l’un des journalistes.
—Je ne crois pas, dit un autre, puisque le marteau trouve la préméditation.
Ils discutaient entre eux et ne prenaient pas garde à mon silence. Après quelques phrases violentes ou spirituelles, sans un regret pour mon œuvre perdue, ils conclurent que le vandale, le barbare, et l’iconoclaste, ne pouvait être qu’un maniaque ennemi de la liberté dans l’art, du nu, de l’obscène et de la pornographie. Conclusion précipitée, et savoureuse façon de me défendre, mais conclusion moins puérile que feinte, chacun d’eux désirant persuader à ses confrères qu’il la répandrait et supputant déjà qu’un furieux dont la police réservait le nom, ne devait pas être n’importe qui. Mon silence témoignait qu’ils se trouvaient en face d’un petit mystère.
Quand ils surent, le lendemain, que j’avais quitté Paris en demandant à la police que l’affaire n’eût pas de suites, ils me punirent de ma discrétion par des perfidies à double entente, de saugrenues hypothèses, et des échos impudents. Mais je n’en fus informé que plus tard, lorsqu’il était trop tard pour exiger des rectifications où pour distribuer quelques gifles. Paris oublie si vite! Lui remettrais-je aujourd’hui en mémoire ce scandale périmé?