—Puis-je le croire? demandai-je.
Elle ne répondit pas.
Son regard soutenait résolument le mien.
—Songe, repris-je, songe, Mienne que je désire mienne de toute mon ardeur, songe à toutes les pensées, à toutes les inquiétudes, à toutes les tristesses qui peuvent m’assaillir quand tu es loin de moi, quand tu seras loin de moi, tout à heure, demain, après-demain, jusqu’à ce que je te revoie. Songe que je ne sais rien, que je ne saurai rien, que je suis obligé de tout imaginer de ta vie. Songe que tu t’en vas je ne sais où, que tu feras je ne sais quoi, songe à cette solitude où tu m’abandonnes.
—Songes-tu à ma solitude? répliqua-t-elle. Toi, du moins, nul ne t’y troublera.
—C’est ce qui me tourmente.
—Mon ami...
Fuyant mon regard, elle cacha ses yeux contre mon épaule.
Elle murmura:
—Ne sois pas jaloux, chéri. Ne sois pas jaloux. Ce n’est pas toi qui peux l’être.