Je voyais souvent la jeune fille. Nous causions. Elle me parlait librement de toutes choses. Nous discutions aussi parfois, et j’étais ravi lorsqu’en fin de compte je m’apercevais que nous avions tous deux bien des goûts et des sentiments sinon identiques, du moins parallèles. Elle ne mettait dans nos entretiens aucune coquetterie. J’étais de mon côté toujours en surveillance. Rien ne trahissait, je le crois encore, que j’eusse pour elle le moindre penchant, et rien ne me permettait de supposer qu’elle en pût avoir pour moi.
Le charme durait depuis quinze jours, quand, un dimanche matin, mon oncle entra dans ma chambre comme je m’éveillais à peine, et me dit sans détour:
—Mon petit, tu vas me faire le plaisir de préparer ta valise et de filer par le train de midi trente.
Mes yeux s’écarquillèrent.
—Sois plus poli, continua mon oncle, et ne joue pas l’innocent avec moi.
—L’innocent? demandai-je, véritablement étonné.
—Ne m’interromps pas. Où te crois-tu donc? Je m’imaginais que, l’âge aidant, tu étais devenu sérieux. Mais je me suis trompé. En tout cas, que tu sois sérieux ou non, je ne tolérerai pas que tu profites de mon hospitalité pour abuser plus longtemps d’une gamine.
—Moi? criai-je.
J’avais rougi comme sous une gifle.
—Je n’ignore rien, articula mon oncle. Je viens de tout apprendre. Et l’on m’a prié de t’éloigner. C’est du propre!