Des deux orateurs qui lui succédèrent, le dernier eut un sort plus heureux. On l’écoutait avec plus d’attention : il se servait d’un langage plus vert. Quand il disait que l’aube allait luire où le prolétariat pendrait les généraux aux réverbères de la place de la Concorde, toute la salle trépignait de satisfaction. Et il en profita pour menacer du même supplice les banquiers, les mercantis, les curés, M. Loucheur, le directeur de la Compagnie des autobus et Léon Daudet.

Il n’oublia que de parler de la guerre dont il devait parler. Mais on l’applaudit tellement qu’on ne s’en aperçut pas. Et la parole fut donnée au camarade député Fesselard qui ne prononçait jamais un discours sans lire des fragments d’articles dont il avait les poches gonflées.

Le camarade député Fesselard tenait à la main une feuille de papier, quand il se leva pour parler en faveur de l’amnistie.

— Camarades !

Il assujettit son binocle. Il voulait citer d’abord les termes exacts d’une déclaration que le ministre de la Marine avait faite naguère à la Chambre.

— Le ministre déclarait…

Et il lut :

— « Lorsque les sanctions judiciaires deviennent susceptibles de provoquer dans la nation des sentiments de colère, nous devons tenter par tous les moyens d’apaiser ce ressentiment et conclure le plus tôt possible ce traité de paix civile qui s’appelle l’amnistie. »

Un roulement d’applaudissements l’arrêta. Le camarade député, fâché que la salle se méprît, agitait les bras pour la réduire au silence. On applaudissait le ministre, on avait tort. On avait tort, dit-il, car le gouvernement ne tint pas la promesse du ministre et le ministre n’avait pas l’intention de la tenir plus que les autres membres du gouvernement.

Il continua.