Tout bourré de lectures qu’il était, et capable de présenter comme siennes des idées ou simplement des phrases qui ne lui appartenaient pas, — mais rien appartient-il à personne pour un vrai communiste ? — on peut croire, quand on sait ce qui s’ensuivit, qu’il avait préparé son discours avec soin. En effet, rassemblant ses forces pour dominer le brouhaha de la salle, il dit, en détachant les mots :
— Les sentiments de colère qui auraient pu obliger le gouvernement à déposer un vrai projet d’amnistie, n’ont pas été déchaînés. La nation a trop escompté la clémence des gouvernants. Aujourd’hui, ceux-ci, d’un ton rogue, osent dire : « Jamais ! » Au pays de répondre : « Demain ! »
Il se retourna. Et il sourit.
Au milieu des applaudissements que son appel avait excités, on vit s’avancer sur l’estrade, poussé par plusieurs hommes parmi lesquels on reconnut le camarade député Maître Pigace, un inconnu sans faux-col qui semblait fort embarrassé de son chapeau.
Maître Pigace cria :
— Camarades, nous avons vaincu ! Voici le camarade Panouille, que je vous amène.
Coup de théâtre. Tous les manifestants s’étaient dressés. Et soudain, sans que personne en eût donné l’ordre ou le signal, il se passa une chose magnifique, une chose magnifique et profondément émouvante ; car, si l’estrade où péroraient les chefs avait des airs de théâtre, la salle, confiante, crédule, mais sincère et prête au sublime, était émue ; et soudain, le refrain révolutionnaire éclata, chanté par tous les manifestants debout :
C’est la lutte finale !
Groupons-nous, et demain
L’Internationale