Maître Pigace parlait avec aisance. Il parla pendant vingt minutes. Et sa péroraison enflammée dressa toute la salle comme l’avait dressée l’arrivée de Panouille.
Panouille était émerveillé. Il écoutait attentivement, mais il ne saisissait pas le sens de bien des phrases de son avocat. Et il admirait que la foule qui emplissait la salle pût le saisir.
Mais le métigne touchait à sa fin. Le président lut un ordre du jour qu’on n’entendit pas, déclara que l’ordre du jour était voté à l’unanimité par les quinze mille prolétaires présents, et annonça :
— La séance est levée.
Pour arracher Panouille à l’enthousiasme de la foule, Maître Pigace le fit sortir de la salle par une porte de service. Panouille fut cependant accompagné par une vingtaine de fidèles, mais qui étaient de l’état-major du parti communiste. On l’installa dans un taxi, à côté d’une femme et en face de Maître Pigace et d’un gros littérateur qui s’étaient contentés des strapontins. Maître Pigace se dispensa de nommer Panouille à sa compagne et à son compagnon, mais il lui nomma Romaine Vacaza et Gaston Pelle, tous deux journalistes.
Les cinq taxis du cortège de Panouille gagnèrent Montmartre. Un souper fut commandé.
Assis sur la banquette du fond, entre Romaine Vacaza et Maître Pigace, Panouille, intimidé, gauche, silencieux, effaré par les événements de cette journée qui s’achevait, mangeait et buvait comme jamais de sa vie il n’avait bu et mangé.
Peu à peu, il s’échauffa. Romaine Vacaza lui versait à boire. Il s’enhardit. Ce fut pour conter des histoires de caserne et des souvenirs de prison qui ne prenaient de couleur que sous les termes d’argot, presque toujours orduriers, dont il les agrémentait.
— Quel type ! disait Romaine Vacaza en lui versant à boire.