— Camarades ! reprit-il.

Et à nouveau il bredouilla :

— J’ai qu’une parole à vous dire : A bas la guerre !

De maigres applaudissements s’égrenèrent. Les employés des Postes et Télégraphes comptaient, de la part de ce fameux Panouille, sur un discours mieux approprié à la circonstance.

— Non, fit aigrement Romaine, à la sortie. Tu es trop gourde. Je préfère arrêter les frais. Bonsoir, mon vieux.

Elle lui tendit la main. Il la serra, sans être sûr d’avoir compris.

Elle s’éloigna, d’un pas rapide. Il la regarda s’éloigner. Avait-il compris ?

XIII

A la vérité, tout s’était passé trop vite et dans une fièvre trop grande.

Que pouvait comprendre Panouille ? Il s’était déjà tellement senti dépaysé, lors de son arrivée au régiment, au milieu d’un monde nouveau ! Il commençait à peine de s’y trouver moins gêné quand son affaire éclata, le retirant de ce monde plein de pièges et de surprises de la caserne pour l’enfermer, pendant des semaines et des semaines, dans une prison. Là, comme sous un vase clos, et l’air lui manquant, Panouille déconcerté n’avait pas pu se défendre contre les amitiés tapageuses qui s’offraient à lui de la façon que l’on sait. Après la dangereuse solitude où mainte tête plus solide eût tourné comme la sienne, l’ivresse de la gloire que le Paris communiste lui réservait l’avait achevé. Que pouvait-il comprendre au caprice d’une Romaine Vacaza ?