Non sans peine, le capitaine Joussert parvint à remonter aux causes de l’incident malheureux. Non sans peine, car Panouille, affirmant tout à coup qu’il n’avait pas frappé le lieutenant, embrouillait le fil de l’histoire. Non sans peine, car, pudique et secret comme la plupart des simples, Panouille sembla longtemps vouloir refuser de prononcer le nom de Marguerite.

— Mais parle donc ! lui ordonna presque rudement le capitaine, qui le tutoya, comme il tutoyait au front quelques-uns de ses canonniers. Parle donc ! Tu ne sens donc pas que c’est le principal que tu caches ?

Ainsi toute la déplorable vérité s’était révélée. Une seule ombre subsista : Panouille parut ne pas comprendre quand on lui demanda pourquoi un numéro de l’Humanité se trouvait dans son paquetage. Mais le capitaine comprit mieux sans doute que le délinquant. Du moins ne s’attarda-t-il pas sur ce détail.

— Ma religion est faite, conclut-il. Qu’on le reconduise en prison, Calorgne, voulez-vous ?

Panouille inquiet, salua. Avant de sortir, il dit au lieutenant :

— Je vous jure, mon lieutenant, je vous ai pas frappé.

Mais le lieutenant n’avait pas prétendu que Panouille l’eût frappé.


— Qu’en pensez-vous, Calorgne ? demanda le capitaine, tête à tête.

— Mon capitaine…