Le capitaine lut.

— Tout de suite ? Bien, j’y vais.

XI

— Et vous trouvez que ce n’est pas grave ? Vous trouvez qu’il n’y a pas lieu de s’émouvoir ?

Le colonel n’avait plus sa voix amicale de la veille. Mais le capitaine Joussert n’en paraissait pas ému.

— Pourquoi serais-je ému, mon colonel ? répliqua-t-il. Tout, dans le récit de ce journal, sent le mensonge et la provocation. Qui pensez-vous qui s’en émeuve ?

— Qui ? Vous êtes jeune, capitaine Joussert, très jeune. Oui, je sais que vous avez gagné la croix sur le champ de bataille, et que vous avez été blessé deux fois, je sais, et que votre audace a sauvé la division sur la Vesle. Mais la guerre est finie, vous me le disiez vous-même hier, non sans amertume.

— Moi, mon colonel !

— Mettons : sans amertume ; mais la guerre est finie, et l’audace, en temps de paix, ou la bravoure, comme il vous plaira, n’est pas une vertu que l’on requiert de vous. L’armée en temps de paix…

— Mon colonel !