Puis, s’étant recoiffé, et plus familièrement :
— Au revoir, dit-il.
Mais il ne semblait pas ravi de son succès.
Or, comme il allait sortir, un canonnier entra, qui avait poussé la porte avec violence. L’homme traînait un paquet de brides et de bricoles. Il paraissait furieux. En apercevant le lieutenant, il s’immobilisa.
— Hé ! Panouille ! lui cria Rechin, au milieu du brouhaha que provoquaient le départ du lieutenant et l’arrivée brusque de ce Panouille. Tu veux aller en Algérie ?
Troublé, mais toujours furieux, Panouille, sans hésiter, répondit :
— Du flan.
II
La réponse du canonnier Panouille avait été si agressive que le lieutenant ne put pas feindre de ne pas l’avoir entendue. La suite, on la devine : observation du lieutenant, maladroites excuses de Panouille, remontrances, attitude plus maladroite du coupable, annonce d’une punition, réplique inutile, mines sournoisement réjouies des camarades témoins de la scène, départ enfin du lieutenant, et le classique juron, bref et sonore, exhalé par Panouille.
Le dénommé Panouille n’était pourtant pas une des fortes têtes de la batterie. Loin de là. On le connaissait plutôt comme un des canonniers les plus inoffensifs. On se contait les farces dont il avait été la victime. Il n’avait qu’un tort : il se fâchait quand il croyait qu’on se moquait de lui. Et il le croyait souvent parce que, natif de Passenans (Jura), enfant trouvé, paysan dénué de toute instruction au point qu’il ne savait pas lire en arrivant au régiment, il souffrait d’être en quotidien contact avec des citadins, parisiens pour la plupart. Eux, sans méchanceté, s’amusaient de lui, le taquinaient. Lui, n’entendait pas la plaisanterie, se méfiait, et, n’usant jamais de sa force afin de châtier les rieurs, il se contentait de les injurier. Il n’avait à sa disposition qu’un vocabulaire restreint, mais il l’épuisait à tout propos. A fréquenter les Parisiens de sa pièce, il l’avait enrichi de quelques grossièretés d’argot que, brave garçon, il employait sans malice. Il ne pensait ainsi qu’à mater les rieurs avec leurs propres armes. Il n’excitait que davantage leur joie.