Depuis quinze mois déjà, Panouille était en prison, au régime des détenus politiques, ce qui lui faisait paraître moins longs ces quinze mois d’attente. Il s’accoutumait aux égards qu’on avait pour lui. N’avait-il pas été condamné injustement ? Et ne méritait-il pas quelques faveurs ?
— Ne parle pas de faveurs, lui disait son avocat. Tu es, de par la volonté du prolétariat indigné, conseiller municipal de deux arrondissements de Paris et de trois villes de province, et tu es en outre député de quatre circonscriptions. On te doit…
— Mais, objectait Panouille, puisque ça ne compte pas !
— Ça ne compte pas ?
Maître Pigace bondissait.
— Ça ne compte pas ? Ça ne compte pas aux yeux de ces bourgeois et de ces embourgeoisés qui tremblent pour leurs coupons de rente, mais la volonté du peuple est formelle. Si les lois sont idiotes, nous abrogerons les lois. Ça ne compte pas ? Attends un peu. Que soit votée enfin cette amnistie que nous réclamons tous, et tu verras si l’on osera t’empêcher de siéger à la Chambre et à l’Hôtel de Ville.
— J’attends, répliquait Panouille. Même que ça fait une paye que j’attends. Quinze mois !
En réalité, Panouille exagérait. Après tant d’années de labeur où les jours de repos qu’il goûtait étaient rares, il menait depuis quinze mois une existence de repos. Quand il s’interrogeait, il ne se plaignait pas. Il souffrait pourtant d’avoir été séparé de sa Marguerite. Sans ce souci, il eût avoué qu’il n’était pas malheureux. Mais de vieilles pudeurs de paysan l’empêchaient d’être sincère. Devant son avocat, qu’il regardait toujours comme un homme supérieur, il gardait sa timidité des premiers jours. Et il hésitait à le questionner ou à lui demander ce que devenait Marguerite.
— Sois raisonnable, lui disait Maître Pigace. Que l’amnistie…