— Pourquoi que vous la votez pas ?

— Ils ne la votent pas à cause de toi. Ils savent que nous la désirons surtout pour toi. Songes-y ! Nous avons eu les mutineries de la marine, et nous avons maintenant la tienne : la mutinerie du soldat, en pleine guerre coloniale. Mieux : le communisme libérateur a trouvé de nombreux adeptes dans le prolétariat ouvrier, et les grandes villes sont nôtres ; avec toi, c’est la campagne qui vient à nous, c’est la révolte du prolétariat agricole qui se prépare. Et tu penses bien que ce parlement de polichinelles n’a pas envie d’être balayé par la révolution.

— Oui, concluait Panouille.

Mais là non plus il ne comprenait pas, et son air le prouvait.

— Panouille en liberté, décrétait Maître Pigace, c’est l’immense soulèvement rural dont nous avons besoin pour que la révolution réussisse.

— Oui, je comprends.

— Et tu comprends qu’ils ne te lâcheront pas sans rechigner.

— Sûr et certain.


Ces visites de Maître Pigace réconfortaient Panouille. Il en restait mieux convaincu de l’importance qu’il avait prise, et il y puisait un peu de patience. Et sans doute n’avait-il pas tort de croire qu’il était devenu un personnage d’importance, car les égards qu’on avait pour lui dans cette prison, s’il les trouva d’abord étonnants, il s’habitua sans peine à les trouver légitimes. N’était-il pas, en effet, quatre fois député et cinq fois conseiller municipal ?