— Songe, lui disait Maître Pigace.
Panouille songeait au jour où il sortirait de sa prison. Il imaginait les scènes de triomphe que le parti lui réservait. On viendrait le chercher en cortège. Il sortirait, vêtu d’un complet-veston neuf et coiffé d’un chapeau de feutre, comme Maître Pigace. Il prononcerait un discours. On l’emmènerait en automobile. On le conduirait à la Chambre des députés. Là aussi, il prononcerait un discours.
Et Marguerite ?
Il aurait préféré revoir Marguerite au moment où il sortirait de prison. Il serait passé près d’elle sans la regarder, pour la punir de sa trahison. Mais Marguerite, mariée à Passenans, n’assisterait pas au triomphe de Panouille. Saurait-elle même que Panouille était devenu un grand personnage ? Le savait-elle ? Elle ne lisait jamais les journaux, autrefois.
Panouille irait donc à Passenans, non plus en soldat libéré qui veut reprendre sa place de valet à la ferme où il travaillait avant son service, mais en représentant du peuple que tout le monde salue.
— Monsieur le député, lui dirait-on.
Ses anciens maîtres se cacheraient de honte, ou bien ils salueraient très bas leur ancien valet devenu député. Et c’est lui qui leur parlerait en maître.
— De par la volonté du prolétariat.
L’avocat de Panouille s’exprimait à merveille. De par la volonté du prolétariat, Panouille, député et représentant du peuple, prononcerait à Passenans un discours. Il avait eu le temps d’apprendre par cœur, dans sa prison, les articles que publiaient sous son nom les journaux du parti. Ah ! il leur dirait des choses dures, aux exploiteurs du prolétariat paysan. Les fermiers baisseraient la tête. Il les désignerait à son auditoire pour les représailles proches.
Et Marguerite ?