Il y avait de ce côté d'importantes découvertes à faire. La gloire en était réservée à Robert de La Salle.
Déjà en 1673, le P. jésuite Marquet et le sieur Joliet, avaient été envoyés par M. de Frontenac, gouverneur du Canada, et avaient découvert à l'ouest du lac Michigan le Mississipi. Plus tard, en 1679 et 1680, le père Hennequin, récollet, accompagné du sieur Dacan, avait remonté ce fleuve jusque vers sa source au saut Saint-Antoine.
De La Salle, homme résolu et énergique, muni des pouvoirs les plus étendus, que lui avait accordés le ministre de la marine, Seignelay, partit en 1682 de Québec. Il se rendit d'abord chez les Illinois, où, du consentement des Indiens, il construisit un fort. Pendant qu'une partie de ses hommes remontaient le Mississipi en suivant la route du P. Hennequin, il descendit lui-même ce fleuve jusqu'au golfe du Mexique. Il reçut partout des Indiens le meilleur accueil et en profita pour établir un magasin dans la ville des Arkansas et un second chez les Chicachas.
L'année suivante il voulut retourner par la voie de mer vers l'embouchure du Mississipi. Mais les vaisseaux qui portaient les soldats et les colons qu'il ramenait de France le laissèrent avec sa troupe dans une baie qu'il appela Saint-Louis. Le territoire riant et fertile sur lequel il s'établit prit le nom de Louisiane. Il allait chercher des secours auprès de ses établissements du Mississipi, quand il fut massacré par les gens de sa suite. Les Espagnols établis au Mexique détruisirent les germes de cette colonie.
Dix années s'écoulèrent avant que d'Iberville reprit le projet de La Salle sur la Louisiane. Crozat et Saint-Denis, en 1712, continuèrent son oeuvre et cette possession fut connue en France sous de si bons rapports qu'elle servit de base au système et aux spéculations du fameux Law, de 1717 à 1720. C'est à cette époque que fut fondée la Nouvelle-Orléans [54].
Note 54:[ (retour) ] J'ai trouvé de curieux renseignements non imprimés, dans la Relation concernant l'établissement des Français à la Louisiane, par Penicaud, manuscrit inédit. Le P. Charlevoix parle de cet ouvrage, VI, 421, et la copie que j'ai dans les mains a été signalée à une vente à Paris en 1867, comme mise au net par un nommé François Bouet.
Ainsi, bien que la France eût cédé à l'Angleterre, par le traité d'Utrecht, l'Acadie et la baie d'Hudson, elle avait encore le Labrador, les îles du golfe Saint-Laurent et le cours du fleuve, la région des grands lacs comprenant le Canada et la vallée du Mississipi, désignée sous le nom de Louisiane. Mais les limites de ces possessions n'étaient pas bien définies. Les Anglais prétendaient étendre les limites de l'Acadie jusqu'au fleuve Saint-Laurent; les Pensylvaniens et les Virginiens, franchissant les monts Alleghanys, s'avançaient à l'ouest; jusqu'au bord de l'Ohio. Pour les contenir dans un demi-cercle immense, les Français avaient relié la Nouvelle-Orléans à Québec par une chaîne de postes sur l'Ohio et le Mississipi.
Le territoire sur lequel on établissait ces forts avait été découvert par La Salle, comme nous l'avons vu. Suivant le droit des gens de cette époque, il envoya un officier français, Céleron, pour en prendre officiellement possession. Cet officier parcourut les vallées de l'Ohio et du Mississipi et la région des lacs, en un mot tout le pays compris entre la Nouvelle-Orléans et Montréal. Partout sur son trajet il enfouissait des plaques [55] de plomb, comme souvenir et en témoignage de l'établissement de la domination française sur ce territoire.
Note 55:[ (retour) ] Vie de Washington, par Sparks, II, 430. La date est 16 d'août 1749.*
Les Anglais, justement alarmés de semblables prétentions, prétextant que de tels établissements portaient atteinte à leurs droits, envahirent brusquement le Canada (1754).