Note 63:[ (retour) ]Un autre agent de la France en Amérique fut Bonvouloir (Achard de), officier français, engagé volontaire dans le régiment du Cap. Une maladie l'obligea à quitter Saint-Domingue pour revenir dans des climats plus doux. Il visita d'abord les colonies anglaises, où on lui offrit de prendre du service dans les armées rebelles. Il n'accepta pas cette fois, mais, venu à Londres en 1775, il fut mis en rapport avec M. le comte de Guînes, ambassadeur de France, qui obtint de lui d'utiles renseignements sur la situation des colonies révoltées, et écrivit à M. de Vergennes pour être autorisé à faire de Bonvouloir un agent du gouvernement français en Amérique.
Le ministre français donna en effet à Bonvouloir une somme de 200 louis pour un an et un brevet de lieutenant, antidaté, pour qu'il pût entrer avantageusement dans l'armée des rebelles. Il partit de Londres pour Philadelphie le 8 septembre 1775, sous le nom d'un marchand d'Anvers. Il trouva à Philadelphie un M. Daymond, Français et bibliothécaire, qui l'aida dans ses recherches. Il écrit en donnant des renseignements à M. de Vergennes, qu'il est arrivé deux officiers français menant grand train, qui ont fait des propositions au Congrès pour des fournitures d'armes et de poudre. Nul doute qu'il ne s'agisse de MM. de Penet et Pliarne, cités dans une lettre de Barbue Dubourg à Franklin. (Archives américaines.)

Note 64:[ (retour) ] V. Vie de Jefferson, par Cornélis de Witt, Paris, 1861, où la politique de Choiseul est très-habilement développée. Toutes les pièces importantes sont imprimées dans l'appendice.

De 1757 à 59 parurent des lettres, que l'on disait écrites par le marquis de Montcalm à son cousin M. de Berryer, résidant en France, dans lesquelles on trouve une appréciation bien juste de la situation des colonies d'Amérique et une prédiction bien nette de la révolution qui se préparait. «Le Canada, y est-il dit, est la sauvegarde de ces colonies; pourquoi le ministre anglais cherche-t-il à le conquérir? Cette contrée une fois soumise à la domination britannique, les autres colonies anglaises s'accoutumeront à ne plus considérer les Français comme leurs ennemis.»

Ces lettres eurent le plus grand retentissement dans les deux continents. Grenville et lord Mansfield, qui les eurent en leur possession, les crurent réellement émanées de Montcalm. De nos jours encore, le judicieux Carlyle [65] n'a pas hésité à en citer des extraits dans le but de vanter la sagacité du général français et la justesse de sa prophétie. Mais le style de ces lettres, l'exagération de certaines idées, l'absence de tout caractère qui dénote leur provenance, et la comparaison qui en a été faite avec toutes les pièces relatives aux affaires du Canada et à Montcalm, ne permettent plus de croire à la vérité de l'origine qui leur fut attribuée dès leur apparition. Nous voyons là une manoeuvre habile du ministre Choiseul, qui espérait, par cette brochure, semer la division entre les deux partis, augmenter leur défiance réciproque et hâter un dénoûment qu'il prévoyait d'autant plus volontiers qu'il le désirait plus ardemment.

Note 65:[ (retour) ] Vie de Frederick the Great. XI, 257-262. Leipzig, édition 1865. Bancroft les qualifie nettement de contrefaçons, IV (ch. ix), 128, note. V. aussi Vie du général James Wolfe, par Robert Wright, 601. London, 1864.

Les officiers français, qui parcouraient pour la dernière fois le Canada et la vallée du Mississipi, en jetant un regard d'adieu sur ces fertiles contrées et en recevant les touchants témoignages d'attachement des Indiens ne pouvaient s'empêcher de regretter le territoire qu'ils étaient obligés de céder. Le duc de Choiseul pensait tout autrement. Il lisait dans l'avenir [66]. Il le faisait sans arrière-pensée, avec la conviction qu'il prenait une bonne mesure politique. Il pensait que le temps était proche où tout le système colonial devait être modifié: «Les idées sur l'Amérique, soit militaires, soit politiques, sont infiniment changées depuis trente ans,» écrivait-il à Durand, le 15 septembre 1766. Il était persuadé que la liberté commerciale et politique pouvait seule désormais faire vivre les États du nouveau monde. Ainsi, du jour où un acte du Parlement établit des taxes sur les Américains, la France commença à faire des démarches pour pousser ceux-ci à l'indépendance [67].

Mais ce ministre contribua à l'expulsion des jésuites de France en 1762. Cette puissante compagnie laissa derrière elle un parti qui ne lui pardonna pas sa fermeté dans cette circonstance [68]. Le Dauphin, leur élève, lui était hostile. Le duc d'Aiguillon, à qui il avait fait ôter son gouvernement de Bretagne, le chancelier Maupeou et l'abbé Terrai, contrôleur des finances, formèrent contre lui un triumvirat secret qui eût pourtant été impuissant sans le honteux auxiliaire qu'ils trouvèrent dans la nouvelle favorite [69].

Note 66:[ (retour) ] Choiseul, signant l'abandon du Canada aux Anglais, dit: Enfin, nous les tenons. C'était, en effet, délivrer les colonies américaines d'un voisinage qui les forçait à s'appuyer sur la métropole.

Note 67:[ (retour) ] Il détacha le Portugal et la Hollande de l'alliance anglaise et prépara cette union des marines secondaires qui devait, quelques années plus tard, devenir la ligue des neutres contre ceux qui s'appelaient les maîtres de l'Océan.

Note 68:[ (retour) ] Raisons invincibles, publiées 8 juillet 1773, dont une analyse est dans Mémoires secrets, VII, 24. Londres, chez John Adamson.