C’est le second jeudi après le meurtre de Marr, que cette deuxième atrocité eut lieu. Bien des gens ont trouvé, à cette époque, que, par ses lignes dramatiques d’un intérêt si pénétrant, ce second cas avait même surpassé le premier. La famille qui, cette fois, pâtit, était celle d’un certain M. Williamson ; et la maison était située, sinon absolument dans Ratcliffe Highway, tout au moins immédiatement au tournant d’une rue secondaire, qui courait à angle droit à cette grande artère publique.

M. Williamson était un homme fort connu et honorable, depuis longtemps établi dans le quartier. On le supposait riche. Et plutôt en vue d’entretenir son activité par cette profession, que dans le désir ardent d’amasser davantage, il tenait une sorte de taverne qui pouvait être considérée comme patriarcale — en ce sens que, bien que des gens de grande fortune fréquentassent la maison, le soir — aucune espèce de séparation n’y était maintenue par méfiance entre eux et les autres visiteurs de la classe des artisans ou des ouvriers. Quiconque se conduisait avec bienséance était libre de s’asseoir et de commander la boisson qu’il préférait. Ainsi la société y était un peu mêlée, clientèle en partie fixe, et dans une certaine proportion, flottante.

La famille se composait des cinq personnes suivantes :

1. M. Williamson, son chef, qui était un vieillard de plus de 70 ans, bien fait pour son état, civil et point morose, mais en même temps ferme sur le maintien du bon ordre ;

2. Mme Williamson, sa femme, plus jeune que lui de dix ans environ ;

3. Leur jeune petite-fille, âgée d’environ neuf ans ;

4. Une servante, qui avait à peu près quarante ans ;

5. Un jeune ouvrier, âgé d’environ 26 ans, appartenant à un établissement manufacturier (j’ai oublié de quelle espèce ; et je ne me souviens pas non plus de quelle nation il était).

La règle était établie chez M. Williamson que, exactement quand l’horloge sonnait onze heures, toute la compagnie, sans faveur ni exception, sortait. C’était là une des coutumes par lesquelles, dans un quartier si orageux, M. Williamson avait trouvé la possibilité de préserver sa maison de rixes.

Ce jeudi soir, toute chose s’était passée comme à l’ordinaire, sauf en ce qu’une légère ombre de soupçon avait arrêté l’attention de plus d’une personne. Peut-être en un temps moins inquiet, l’eût-on à peine remarquée. Mais actuellement que la première et la dernière question dans toute réunion de société, avait trait aux Marr et à leur assassin inconnu, c’était une circonstance certes bien propre à causer du malaise qu’un étranger d’apparence sinistre, avec un large pardessus, eût erré dans la salle et au dehors durant la soirée, se fût parfois écarté de la lumière dans les coins obscurs et eût été vu, par plusieurs personnes, se glisser, à la dérobée, dans les couloirs privés de la maison. En général, on présumait l’homme connu de Williamson. Et, jusqu’à un certain point, en tant que client occasionnel, il n’est pas impossible qu’il le fût. Mais plus tard, cet étranger repoussant, avec sa pâleur spectrale, sa chevelure extraordinaire et ses yeux vitreux, qui s’était montré par intervalles entre huit et onze heures du soir, est revenu à la mémoire de tous ceux qui l’avaient posément observé, avec quelque chose de cet effet glacial que produisent les deux assassins dans « Macbeth » lorsqu’ils se présentent tout fumants du meurtre de Banquo et rayonnant obscurément, visages terribles, dans le sombre arrière-plan, à travers les pompes du festin royal.