PLANCHE XXV.

Le sujet de cette peinture est d'une composition aussi piquante qu'agréable. Un Centaure, dans sa course rapide, emporte la Bacchante qui l'a subjugué; il ne peut fuir son vainqueur. Le genou plié, la Bacchante s'affermit sur la croupe de son captif, et foulant d'un pied, dédaigneux ses bras liés derrière le dos, le tenant d'une main par les cheveux; de l'autre, le pressant avec le bout inférieur, d'un thyrse, elle le maîtrise à son gré. Ses cheveux blonds, abandonnés aux vents, attestent la vélocité de la course, et son vêtement qui s'échappe laisse briller, dans l'attitude la plus hardie, des formes le plus heureusement dessinées. Ce groupe a quelque rapport avec les célèbres Centaures sculptés par Aristeas et Papias, artistes aphrodisiens. Les copies, antiques de ces statues nous font voir le plus âgé des deux Centaures dompté par le génie de Bacchus, symbole de l'ivresse et de la débauche; il a les mains attachées derrière le dos comme celui de notre fresque, tandis que le plus jeune, adonné à la chasse, est devenu lui-même la proie de Cupidon qui est assis sur sa croupe. Dans lés métopes du Parthenon, Phidias a représenté les Centaures comme des ravisseurs de jeunes femmes et de jeunes garçons. Subjugués ou vainqueurs, ces êtres imaginaires nous offrent une nature sauvage dégradée par l'intempérance et par les plaisirs les plus effrénés; c'est le caractère que leur ont donné les artistes et les poètes. On les voit aux noces de Pirithoüs violer les saintes lois de l'hospitalité; Nessus, enlevant Déjanire, périt sous les traits d'Hercule; ce héros venge la soeur d'Euristhée des attentats d'Homade; Rhaetus et Hyleus reçoivent de la main d'Atalante le prix de leur témérité, et les Sirènes prennent le nom de Centauricides, du nom de leurs victimes.

L'artiste s'est également rencontré avec les poètes dans l'image de la servitude où nous assujétissent les passions. «Armée d'un fouet redoutable, Vénus menace les rebelles; comme des captifs enchaînés dans ses noeuds magiques, elle nous instruit sous ses coups multipliés».

Hauteur, 11 P.—Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.

PLANCHE XXVI.

Zeuxis fut le premier dont l'imagination vive et ardente, cherchant des sujets extraordinaires pour exercer son pinceau, créa, dans sa Centauresse, cet être singulier qui rassemble les formes que nous admirons le plus dans la nature. On ne sait pas si les poètes grecs les plus anciens avaient donné des femmes aux Centaures; mais parmi les Latins, Ovide est le premier qui ait reproduit sous les couleurs de la poésie, ce caprice hardi du peintre grec. Nous ne rechercherons point avec quelques écrivains, la possibilité de si étranges productions: les monstres, dans la nature, font horreur; l'imagination sait embellir les formes les plus bizarres; elle nous transporte dans un monde nouveau, où tous les élémens de la nature se confondent pour produire ce beau idéal que les artistes grecs ont toujours cherché. Les erreurs des premiers peuples, et plus souvent les traits brillans de leurs sciences, se retracent dans les chimères de l'antiquité; nous avons perdu le sens de leur langage emblématique; mais leurs tableaux ont un charme inexprimable qui nous plaira toujours, et le philosophe y trouve souvent des leçons cachées qu'il nous explique. Il serait cependant difficile de rendre compte de l'intention du peintre dans le groupe que nous avons sous les yeux, si l'on doit y voir autre chose que la saillie d'une imagination brillante.

La belle Centauresse porte en croupe une jeune Bacchante vêtue d'une tunique jaune, caractérisée par le thyrse et par ses cheveux en partie épars, en partie attachés avec soin, ainsi qu'on le remarque dans plusieurs monumens. Une draperie verte jetée sur son épaule vient passer sur ses reins; un collier, un bracelet lui servent de parure. Quand l'œil a perdu la trace des formes humaines, il suit celles qui leur succèdent sous une nuance très-blanche; les oreilles allongées participent, peut-être, de cette seconde nature, ou ne sont pas différentes de celles de la figure peinte par Zeuxis, qui les empruntait de la chèvre. De la main gauche, la Centauresse tient suspendu un feston de feuillage qui se termine à l'extrémité par un bouton et des rubans; l'autre bout est caché dans sa main droite passée sous l'épaule de la jeune fille, et son mouvement indique qu'elle va lui ceindre la guirlande en écharpe. La pose gracieuse de la Bacchante répond parfaitement à cette intention.

Hauteur, 11 p°.—Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.