(III, t. III de l'Édition royale.)

L'aventure connue de la Lune et d'Endymion (les modernes disent, avec peu d'exactitude, de Diane et d'Endymion), fait le sujet de cette peinture. Le beau chasseur est mollement abandonné ce profond sommeil qui l'a rendu célèbre, faveur qu'il demanda au maître des Dieux, suivant une fable; punition qu'il en reçut, suivant une autre, pour avoir, comme Ixion, osé devenir amoureux de Junon. Ici le beau jeune homme ne recevra aucune punition, si le sommeil ne le prive pas de ses sens. Une Déesse descend du ciel, conduite par Cupidon; la Lune, Sélène elle-même, a quitté le char brillant de son astre; son ample manteau, de couleur changeante, voltige autour d'elle; elle paraît demi-nue; ses cheveux, arrangés avec soin sur le front et détachés derrière la tête, sont agités par l'air; sa tête est rayonnante, ses bras sont parés de bracelets. Entraînée par l'amour, sa démarche est timide et retenue; elle s'avance sur la pointe des pieds, dans la crainte d'éveiller le beau chasseur: «Ô Déesse! seule heureuse en tes ardeurs discrètes, le beau chasseur ne s'éveillera pas». Tout son corps cède à la langueur d'un repos parfait; ses doigts glissent le long de ses dards paisibles. Si pourtant on en croit les récits recueillis par Pausanias (V, 1) le beau dormeur donna cinquante filles à la Déesse. Une bandelette ou diadème ceint ses cheveux, ornement donné, peut-être ici, au roi d'Elis. Nous ne chercherons point le sens que plusieurs auteurs anciens ont supposé à cette fable ingénieuse. Le sommeil d'Endymion était passé en proverbe: mais soit que ce personnage n'ait été qu'un chasseur qui se reposait, le jour, des courses nocturnes; soit que, le premier, il ait observé le cours de la Lune, la fiction mythologique a trop de charmes pour la détruire, et nous l'adopterons avec les poètes et les peintres. De nos jours l'un de nos artistes s'en est sur-tout emparé avec succès. Qui n'a pas admiré ce tableau de M. Girodet, où Endymion est endormi à l'ombre d'un épais feuillage? Ce n'est point la figure de la Déesse qui descend du ciel, c'est elle-même dans toute sa puissance; rassemblée toute entière dans ses rayons amoureux, elle perce à travers les branches que Cupidon vient d'écarter en sa faveur, et se précipite en flots de lumière sur la bouche du tranquille dormeur. Un si bel exemple prouve que rien n'est épuisé, et que les sources du génie sont intarissables.

Hauteur, 2 P. 2 p°.—Largeur, 1 P. 10 p°.

PLANCHE XXXV.

(IV, t. III de l'Édition royale.)

Cette peinture est aussi précieuse par le sujet qu'elle représente, que par sa beauté. Voilà le fameux bélier envoyé par la nymphe Néphelé pour sauver les enfans qu'elle avait eus d'Athamas, poursuivis par la jalouse Ino. La malheureuse Hellé vient de tomber dans les flots; elle implore, de la voix et de la main, le secours de son frère, Phrixus emporté par le bélier qui fuit rapidement sur la plaine liquide. Phrixus a tendu en vain une main secourable à cette fille infortunée, elle va disparaître et laisser son nom à cette mer perfide, pour monument de son malheur. L'Hellespont rappellera sa triste aventure au voyageur qui passera le détroit entre Sestos et Abydos. Phrixus immolera le bélier à Jupiter, sur les bords du Phase; ce fameux bélier, placé dans le ciel, brillera parmi les astres, et sa riche toison deviendra un jour le sujet de l'expédition des Argonautes et la conquête de Jason. Cette toison est représentée blanche. Il faut donc croire, avec Apollonius (II. 1147) que la toison devint d'or par l'attouchement de Mercure.

Cette peinture fut trouvée à Civita, en 1760.

Hauteur, 1 P. 9 p°.—Largeur, 1 P. 2 p°. 7 lig.