Ariadne abandonnée dans l'île de Naxos, célébrée par les beaux vers d'Ovide et de Catulle, revit encore dans les belles peintures de la Campanie; cette touchante aventure est le sujet du tableau que nous avons sous les yeux, et fait celui des deux suivans, avec des circonstances différentes. La composition de ce premier est d'une belle simplicité. La malheureuse amante vient de se réveiller; elle écarte le voile qui la couvrait pendant son fatal sommeil; elle voit s'éloigner à pleines voiles le vaisseau qui emporte l'ingrat Thésée. La figure dont le mouvement annonce le commandement, paraît être celle du héros fugitif. On ne voit que l'arrière du vaisseau; il est garni de deux timons assez souvent en usage chez les anciens; on y retrouve ce plancher, dit catastroma, saillant en dehors, et qui était destiné à faciliter le combat et la descente des gens de guerre. Le sommet de la poupe, dit aplustre, est orné d'un fleuron en forme de queue d'oiseau; cet ornement est relatif à la forme totale du navire, dont la proue figurait ordinairement une tête d'oie, et tout le corps, celui de ce même oiseau qui paraît en avoir fourni le modèle. En revenant à la belle abandonnée, nous remarquerons le collier, les bracelets et le cercle d'or (periscelis) qu'elle porte au bas de la jambe, parure de distinction; le matelas, les coussins amoncelés dont les ornemens indiquent la richesse; et la draperie blanche qui lui sert de couverture. L'expression de la figure est d'une grande beauté, et se trouve fidèlement retracée dans Catulle (De Nup. Pel. et Theb.)

Du bord où vient mourir l'onde retentissante,

Tu vois fuir ton Thésée, ô malheureuse amante!

Que d'un trouble mortel tu sens ton cœur atteint!

Sur ton front pâlissant le désespoir est peint;

Ton œil n'est point trompé; d'un trop pénible songe,

L'aurore ne vient point dissiper le mensonge.

C'est toi, te voilà seule, et de ces bords affreux

L'onde emporte l'ingrat échappé de tes nœuds.

Triste enfant de Minos! sans couleur, haletante,