PLANCHE XXIII.
(XXXI, t. IV de l'Edition royale.)
La planche qui précède celle-ci dans l'édition originale, représente deux personnages dans une attitude semblable à celle du jeune homme assis, et avec les mêmes attributs; on a cru les reconnaître tous les trois pour les Cabires. Ces Divinités, souvent confondues avec les Curètes et les Corybantes, ont une origine fort obscure; elles étaient sur-tout célèbres par les mystères de leur culte, et ces mystères paraissent avoir eu beaucoup de relation avec ceux de Cérès et de Bacchus. Bacchus lui-même ou Dionysus a été mis au nombre des Cabires. (Nonnus, Dionys. XIV, 19.) Plusieurs auteurs font les Cabires fils de Vulcain et de la nymphe Cabira; d'après cette origine, ils sont considérés comme les protecteurs des arts mécaniques; quelques Antiquaires leur donnent le marteau pour attribut distinctif; mais l'auteur cité nous offre un rapprochement avec notre peinture, en nous peignant un Cabire «élevant l'haste lemnienne (ou de Lemnos) fabriquée sur l'enclume de son père». (Non. XXIX.) Le bonnet, la lance et la nudité peuvent donc, d'après plusieurs autorités, faire reconnaître les Cabires: c'est ainsi que Fabretti les a désignées dans trois personnages de la colonne Trajane (Col. Traj. pag.75 et suiv.) Le disque ou l'écu (scutum) comme on le voit ici, convient encore à ces Divinités; ils s'en servaient dans leurs danses, selon le même Nonnus (Dionys. XIII.) Denis d'Halicarnasse leur attribue aussi l'invention d'une danse armée qui, comme la pyrrhique, s'exécutait avec la lance et le bouclier. Quoi qu'il en soit, ces Divinités, confondues aussi quelquefois avec les Pénates, dont Enée introduisit le culte en Italie, étaient encore honorées comme protectrices de la maison; c'est peut-être ce que désigne ici l'attitude de la figure assise dans un repos parfait sur le socle ou soubassement d'un édifice. Cette peinture et les deux semblables furent trouvées ensemble à Gragnano, avec la figure de femme comprise dans cette même planche: la similitude de la pose pourrait faire soupçonner qu'elle a quelque rapport avec les autres. La couronne de lierre ou d'autres feuilles; le tympanum avec une image sacrée, désignent particulièrement une Bacchante ou une initiée; mais le rapport des Corybantes et des Cabires avec Bacchus, ainsi que nous l'avons observé; la confusion de leurs mystères et de ceux de Cybèle, leur patronne, avec les orgies dionysiaques, peuvent donner raison de cette réunion.
CHAQUE SUJET.—Hauteur, 1 P. 10 p°. 4 lig.—Largeur, 1 P. 2 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIV.
(XXXII, t. IV de l'Edition royale.)
Une Bacchante semble se défendre, dans cette peinture, contre la violence d'un jeune homme; c'est ainsi qu'Euripide peint les Bacchantes, armées du thyrse, frappant ceux qui voulaient les saisir pour les conduire à Penthée. (Bacch. v. 761.) Le même poète nous apprend qu'au milieu de l'agitation et de la fureur des orgies, elles savaient conserver leur honneur. Dans leur origine, sans doute, les mystères avaient quelque chose d'assez auguste pour contenir la frénésie dans les bornes de la pudeur; mais la licence est la fille de l'ivresse, et la religion servit bientôt de voile à la dissolution la plus effrénée. Lycophron désigne une femme perdue sous le nom de Bassaras une Bacchante. (V. 143, 711 et 1393). Les orgies interdites à Rome par un décret du Sénat, et célébrées avec tant d'impudeur sous les Empereurs, témoignent peu en faveur de la retenue des initiées. Cette Bacchante rappelle, par son mouvement et par le jeu de sa draperie, la Danseuse du n°. XXI. L'action du jeune homme indique aussi la danse, et l'on peut voir, dans ce groupe, une action simulée par des personnages bachiques. Cette peinture sur un fond jaune, trouvée dans les fouilles de Civita, a souffert quelque altération; elle est d'un très-bon coloris; la Bacchante est peinte sur-tout avec beaucoup de délicatesse.
Dans le second tableau (pl. IV, t. IV de l'édit. roy.) on voit une joueuse de cithare, peinte capricieusement sur un fond obscur; sa draperie légère, d'une couleur changeante, entre le vert et le rouge, voltige agitée par l'air; à demi-nue, les cheveux épars et couronnés de lierre, elle touche avec délicatesse les cordes de l'instrument, et rappelle, suivant des observations précédentes, les courtisannes admises dans les fêtes.
1er SUJET.—Hauteur, 1 P. 3 p°. 9 lig.—Larg. 1 P. 4 p°. 4 lig.