La ressemblance qu'on saisit entre ce buste et le précédent, peut y faire reconnaître le même personnage, Démosthène. Plus grand, mieux conservé, on remarque dans les traits plus de jeunesse et une expression plus vive; mais, dans tous les deux, on trouve ce trait caractéristique qui rappelle cette difficulté dans l'articulation, vaincue par la constance de l'orateur, la lèvre inférieure très-mince, et comme attachée aux dents. Plutarque, dans la vie de Démosthène (l. II, p. 847) fait mention de deux statues, qu'on voyait à Athènes en deux lieux différens. On lisait au bas de la statue de bronze, cette inscription, posée par les Athéniens: «Si la valeur de Démosthène eût égalé son éloquence, la Grèce ne serait point encore vaincue ni asservie au Macédonien. Sa statue, ajoute-t-il, est placée près le Perischœnasma (ou enceinte de cordes) à l'autel des douze Dieux: c'est l'ouvrage de Polyeucte. Par la suite, et après sa mort, les Athéniens lui érigèrent une statue dans le Forum, sous l'archonte Gorgias». On pourrait croire que, entre ces deux statues, il existait la même différence que l'on remarque dans nos deux bustes. Dans le premier, Démosthène est calme et serein, tel sans-doute qu'il parut après avoir pris le poison, ainsi que le décrit Lucien, intrépide et riant. Dans celui-ci, c'est l'orateur foudroyant, tel que le peint une épigramme de l'Anthologie (V. 3.) d'après une statue de bronze: «Mais il n'était point tranquille; enveloppé dans de grandes pensées, il roulait dans son esprit de profonds desseins; tel il s'élevait en fureur contre les Macédoniens. Certes, cette image morte semblait lancer de ses lèvres les paroles ardentes; mais l'art l'en empêchait, l'art qui l'avait enchaîné dans le bronze le forçait à se taire».

Hauteur, 11 p°.

PLANCHE XV.

(P. 15, 16 de l'Edition royale.)

Le nom de Zénon se fait lire sur la base de ce buste; mais l'inscription ne suffit pas pour désigner clairement le personnage. Diogène Laërce nomme huit Zénon; d'autres en comptent jusqu'à quinze. Les plus célèbres sont Zénon d'Elée et Zénon de Cittium, petite ville de l'île de Chypre; le premier dialecticien subtil passe pour fils ou pour disciple de Parménide, et pour maître de Périclès; en parlant de ce philosophe, Platon dit qu'il était de l'âge d'environ quarante ans, d'une taille élevée, et d'une figure agréable. Le second, chef et fondateur de la secte des Stoïciens, était, suivant le portrait qu'en donne Laërce (liv. VII) petit, très-brun, faible, délicat et maigre, ayant les jambes grosses, et le cou penché d'un côté; du reste, l'air sombre, dur et amer. Les Athéniens, l'honorèrent pour son savoir et sa probité; ils lui confiaient la garde des clés de la ville; ils lui décernèrent une couronne d'or et une statue de bronze. Ses compatriotes lui rendirent le même honneur, pensant que l'image d'un tel homme était l'ornement de leur cité; et cette statue, respectée par Caton, seule, ne fut point vendue dans la confiscation du royaume de Chypre (D. Laërce, VII, 6, Pline, XXXIV, 8.) Zénon de Cittium ne commença à s'appliquer la philosophie qu'à l'âge de trente ans, il suivit pendant plus de vingt ans Cratès, Stilpon et Xénocrate; il est probable qu'il était sexagénaire quand il ouvrit son école au portique. Il mourut âgé de 98 ans; d'où il suit que ses portraits doivent porter l'empreinte d'une vieillesse très-avancée. Il ne paraît point que notre bronze réponde à l'idée qu'on doit se faire de ces deux personnages; les monumens connus sous le nom de Zénon, n'offrent pas de point de comparaison assez frappant, pour fixer ici l'incertitude. Trouvé dans la maison d'un Epicurien, ce buste semblerait être celui de l'un des Zénon de cette secte. L'un des plus illustres philosophes qui lui appartinrent, fut Zénon le Sidonien, le huitième nommé par Laërce (VII, 35) disciple d'Apollodore; il se distingua par la clarté de ses pensées et de ses discours, et laissa beaucoup d'écrits (id. X, 25). Cicéron parle aussi d'un Zénon qu'il entendait souvent à Athènes, «Notre Philon, dit-il, avait coutume de l'appeler le coryphée des Epicuriens (De N. D. I. 21)». On sait que l'école d'Épicure était suivie des personnages les plus distingués du siècle d'Auguste; et les sectateurs se faisaient, sans-doute, un honneur de posséder les images de leurs maîtres.

Hauteur, 6 p°. 3 lig.

PLANCHE XVI.

(P. 17, 18, t. V de l'Edition royale.)