Le successeur d'Épicure, Hermarque, revit dans ce buste précieux; nous y trouvons non-seulement les traits de cet illustre philosophe, mais encore son véritable nom, qui paraît avoir été altéré par les auteurs grecs et latins, qui, en le nommant, ont supprimé la lettre r. L'inscription du bronze fait une autorité victorieusement confirmée par un Papyrus trouvé dans le même lieu, et dans lequel on lit le nom du philosophe écrit de la même manière. Diogène Laërce a conservé le testament d'Épicure, qui légua à son ami son jardin, ses livres et son école.... «A condition, dit-il, qu'ils assigneront (il parle de ses héritiers) le jardin et tout ce qui en dépend, à Hermaque (on trouve par-tout le nom ainsi altéré), fils d'Agemarque de Mytilène, et à ceux qui, avec lui, s'appliquent la philosophie, et à ceux qu'Hermaque laissera pour successeurs dans la philosophie, afin qu'ils s'y exercent à la philosophie...; de plus, qu'Aminomaque et Timocrate (ses héritiers) donneront la maison située à Mélite (quartier d'Athènes) pour habitation, à Hermaque et à ses compagnons dans la philosophie, tant qu'Hermaque vivra...; qu'ils donneront tous nos livres à Hermaque...; qu'ils partageront tous les revenus avec Hermaque, afin que tout se fasse avec le conseil du même Hermaque, qui a vieilli avec nous dans la philosophie, et qui a été laissé par nous pour chef et maître de tous ceux qui philosophaient avec nous». Voilà, sans-doute, un bel éloge de la vie, du savoir et du caractère de notre Hermarque. Laërce dit ailleurs (l. X, 13.): «Il était fils d'un père pauvre, et, dans le principe, il s'était appliqué à l'art oratoire. On a de lui ces beaux ouvrages: vingt-deux lettres d'Empedocle, un traité des Disciplines, un traité contre Platon, un autre contre Aristote. Il mourut de paralysie, et fut un homme vraîment illustre». Cicéron (de Finib. lib. III, p. 30) rapporte un lettre écrite Hermarque par Épicure, le jour même qu'il mourut; il lui recommanda les fils de Métrodore, en lui disant: «Comme il est digne de cette affection que tu as conçue dès l'enfance pour moi et pour la philosophie, etc.» Nous aimons à rapporter toutes ces preuves d'une longue amitié entre des hommes célèbres: une longue amitié est l'éloge le plus touchant qui suive leur mémoire.

Hauteur, 7 p°. 8 lignes.

PLANCHE XVII.

(P. 19, 20, t. V de l'Edition royale.)

La ressemblance parfaite de ce buste qui porte le nom d'Épicure, avec l'Hermès du Capitole, qu'on pouvait regarder comme le seul portrait connu de ce philosophe, fait une double autorité en faveur de ces monumens, et confirme les remarques judicieuses de l'auteur du musée Capitolin. (Voyez pl. V et XI, et pag. 14, t. I.) Peu de noms sont aussi fameux dans la philosophie, et il n'est point de secte qui ait eu d'aussi nombreux partisans dans l'antiquité. L'indulgence extrême des principes de son fondateur, ou, pour mieux dire, l'abus que les disciples firent des préceptes de leur maître, flatta le goût de la volupté, entraîna plus d'esprits que la sagesse qui les modérait, et appela l'animadversion des hommes sévères sur les Epicuriens. Subjugué par une indolence naturelle qui, peut-être, prenait sa source dans la faiblesse de son tempérament, Épicure se livra à une philosophie contemplative. Concevant la béatitude dans le plus parfait loisir, qui consiste à n'incommoder ni soi-même, ni les autres, il crut indigne de la majesté divine, de se mêler des affaires du monde; il abandonna tout au hasard. Les atômes formèrent l'univers par des combinaisons fortuites; les lois du mouvement et le poids intrinsèque de la matière qui avait tout formé, suffisaient également pour tout gouverner. Du reste, la vie et les mœurs d'Épicure et de ses partisans méritèrent des respects. Cicéron en fait lui-même un bel éloge (de Finib. II. 25.) en disant... «et de ce qu'il fut (Epicure) un excellent homme, de ce que plusieurs Épicuriens furent et sont aujourd'hui fidèles en amitié, constans dans toute la vie, graves, modérant leur conduite, non sur la volupté, mais sur le devoir; il me semble y reconnaître plus de principes d'honnêteté que de volupté. En effet, plusieurs vivent de manière, que leur vie réfute leurs discours; et comme on estime que les autres hommes parlent mieux qu'ils n'agissent, ceux-ci me semblent, au contraire, agir mieux qu'ils ne parlent». Ce célèbre philosophe naquit à Gargethe (contrée de l'Attique) l'an III de la 109e. olympiade, et mourut âgé de soixante-deux ans, la seconde année de la 127e. olympiade. Ses sectateurs célébraient sa fête au mois de janvier de chaque année, et faisaient un repas solennel, le 20 de chaque mois, en mémoire de Métrodore, ami d'Épicure, et d'Épicure lui-même, comme il l'avait prescrit par son testament.

Hauteur, 7 p.º 8 lig.

PLANCHE XVIII.

(P. 25, 26, t. V de l'Edition royale.)