Le style du second buste peut le faire croire de travail étrusque, ou, pour s'exprimer avec plus de justesse, d'ancien style grec; les lignes droites, l'adhérence des membres au corps qui en font le caractère, attestent la jeunesse de l'art; les Etrusques reçurent, à une époque très-reculée, les arts de la Grèce, ils conservèrent long-temps, avec une espèce de religion, ce même style, sans le changer ni l'améliorer. Comme imitateurs, ils eurent dans l'exécution quelque chose de plus lourd, et qui distingue encore aux yeux exercés, leurs ouvrages de ceux de leurs premiers maîtres. La figure est une Pomone, qu'on reconnaît aux différens fruits qu'elle porte dans son giron; elle est coiffée d'un voile, posé sur une élévation formée par les cheveux sur le front. C'est cette élévation qu'on nomme tutulus, et qui se rencontre souvent dans les figures dites étrusques. Le collier, orné de bulles, est aussi un ornement étrusque; ce collier et les yeux sont en argent.
CHAQUE BUSTE.—Hauteur, 6 p°.
PLANCHE XIII.
(P. 11, 12, t. V de l'Edition royale.)
Ce buste précieux porte le nom du personnage célèbre qu'il représente, du prince des orateurs. Démosthène naquit à Athènes, environ trois siècles avant celui d'Auguste. L'amour de la patrie arma son éloquence contre les rois de Macédoine. Après une vie agitée, forcé, par la fureur d'Antipâtre, de chercher un asyle dans une terre étrangère, il n'en trouva plus que dans la mort même, et prit du poison dans l'île de Calaurie, l'an III de la 114e olympiade (le 16 octobre, 122 ans avant l'ère chrétienne). «Voilà, dit Pausanias (l. VIII) où cet amour extrême de Démosthène pour les Athéniens, le conduisit; et il me semble qu'on a dit avec raison, qu'un homme trop dévoué à l'intérêt public, et qui se fie trop à la faveur populaire, meurt bien rarement tranquille». Ce buste fut découvert, en 1753, dans les fouilles de Résine, dans le même édifice où l'on trouva les Papyrus et la plus grande partie des bustes. A cette époque, on ne connaissait point de portrait authentique du célèbre orateur. Un marbre trouvé à Tarragon, cité par Fabri (Ill. imag. n°. 55) et par Bellori (Ill. rhét. n°. 79), portait le nom de Démosthène; mais la jeunesse et la privation de la barbe semblaient indiquer, dans cette tête, un autre Démosthène, peut-être le fils d'Alcisthène, capitaine des Athéniens, commandant une flotte au siége de Syracuse, où il perdit la vie, selon Thucydide (l. III, p. 9l) et autres historiens. On a remarqué que, dans l'inscription, la forme de l'epsilon et du sigma répondait à celle du temps d'Auguste. Si ce n'est point un signe assez certain pour fixer l'âge de ce bronze, l'excellence du travail ne l'en place pas moins aux beaux temps de l'art.
Hauteur, 6 p°. 3 lig.
PLANCHE XIV.
(P. 13, 14, t. V de l'Edition royale.)