— Si, si ! crie-t-il à Gadriel, dites le mot !

— Mais non, riposte le patron, il ne le dira pas.

— Je tiens à ce qu’il le dise, reprend Gédéon avec une énergie qui, il le sait bien, ne sera pas désobligeante.

Il n’ignore pas non plus que ni le directeur ni les acteurs ne comprennent la ridicule manie des auteurs de tenir à leur texte.

D’ailleurs, ni les auteurs ni les acteurs ne comprennent la vanité puérile du directeur, qui tient à son autorité. Et ni les auteurs ni les directeurs n’arrivent à admettre la susceptibilité absurde des acteurs, qui acceptent si difficilement des conseils.

… Les répétitions seraient bien monotones si elles n’étaient pas un peu animées par le match à trois de ces amours-propres si divers et si semblables.

Mais G.-D. Gédéon n’est pas encore arrivé à la sérénité tranquille de l’observateur détaché des choses de la scène. Il ne pense qu’à sa pièce, qu’à l’événement prochain… Pour que cet événement soit heureux, il faut que tout le monde travaille, et, pour que l’on travaille, il faut qu’il n’y ait pas de désaccord.

Le lendemain, il rit lui-même, par complaisance, au mot de sortie. Le surlendemain, il l’écoute, et le trouve vraiment comique. Chaque nouveau-venu rit en entendant ce mot, le secrétaire général, l’administrateur, ou l’ami du directeur, dont on ne sait pas le nom, mais que l’on connaît fort bien, et qui justifie sa présence presque continuelle sur la scène par une grande placidité et des compliments de première grosseur.

Et le mot finit par sembler si comique, que l’auteur, tout de bon, s’inquiète, parce qu’il pense tout à coup que ce n’est pas lui qui l’a trouvé.

Pourvu qu’il ne porte pas… Gédéon ne tient pas à ce qu’il nuise à la scène, mais il souhaite qu’il passe inaperçu…