Je le rassurai même trop.

Car l’instant d’après, je vis avec terreur qu’il me lisait même les coupures !

CHAPITRE VII
LE MANAGER

Les personnes qui me font l’honneur de me lire le lundi matin dans le journal L’Auto ont sans doute prêté quelque attention à une idée que je mettais timidement en avant. Je désirerais que les écrivains, et particulièrement les auteurs dramatiques, eussent à leur disposition des managers, comme les cyclistes et les champions de boxe.

Certains dramaturges, surtout des Anglais et des Américains, font débattre leurs intérêts par un homme d’affaires dont les fonctions ne se confondent pas avec celles du secrétaire.

Évidemment, il est très intéressant d’avoir un secrétaire. D’abord, ça vous pose un peu, à preuve cette réflexion que faisait un jour un homme de lettres :

— Je n’obtiens, disait-il, que très rarement des billets de faveur, tandis que mon secrétaire en a toujours. Moi, je suis un personnage plus ou moins considérable ; dans les administrations de théâtre on me connaît plus ou moins ; mon secrétaire, en revanche, est forcément un monsieur important, car il est le secrétaire d’un homme qui a un secrétaire.

Mais le secrétaire n’a pas assez d’autorité sur son patron.

Ce qu’il faut à un homme de lettres, c’est un maître, un maître, bien entendu, plein de tact, dont l’influence soit plus tutélaire qu’oppressive.

Il serait très mauvais d’avoir auprès de soi une espèce de garde-chiourme qui vous ferait marcher à coups de trique. D’abord on ne le supporterait pas, et on casserait cet homme aux gages.