— Sœurs adorables, je suis celui qui vous aime le mieux. Mais je veux que vous vous rappeliez constamment que vous êtes des demi-déesses (je ne sais pas si c’est conforme à la classification mythologique, mais c’est mon avis). Demi-déesses, vous valez mieux que des déesses, parce qu’à la grâce souveraine, vous alliez la faiblesse toute humaine des femmes !… Je ne vous empêcherai pas d’être belles, comme des personnes naturelles ; mais gardez-vous, ô demi-déesses, de la moindre tentative de « chiqué » !


Quand j’ai eu fait apprendre par cœur à mes enfants cette légende, je leur ai raconté tout ce que je savais d’Antoine.

Je n’ai pas hésité à leur dire que presque tous les auteurs de ce temps ne seraient rien de ce qu’ils sont, si Antoine n’avait pas existé.

Il y a sans doute moins de pièces « bien faites » qu’au temps où Antoine n’existait pas. Cela tient peut-être à ce qu’il est plus difficile d’établir une pièce bien faite, quand on veut qu’elle soit humaine et vraie. Il est moins aisé de justifier les actions d’un homme vivant que celles d’un fantoche.

A une reprise d’une pièce à grand succès d’il y a trente ans, qui nous sembla un peu puérile, je rencontrai, dans les couloirs, mon vieux routier…

— Eh bien ! s’écriait-il, en voilà du théâtre !…

C’en était.

Je me dis à part moi qu’il n’est pas très difficile d’en faire, du théâtre, quand on n’a rien à dire.

Seulement, Antoine, qui, au Théâtre Libre, nous a révélé Le Canard Sauvage, et a su mettre en lumière des hommes comme Georges Ancey et François de Curel, le dangereux Antoine a donné au public français le besoin d’entendre quelque chose.